Semaine du 9 juin : L’occupation musulmane en Languedoc au VIIIe siècle

Semaine du 9 juin : L’occupation musulmane en Languedoc au VIIIe siècle

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Eudes d'Aquitaine 9 juin 721
Illustration de la bataille du 9 juin 721.

Fin février 2015 des tombes musulmanes du haut Moyen-Âge, les plus anciennes de France, ont été découvertes à Nîmes : ces tombes sont clairement identifiées comme le dernier repos de trois hommes que l’on appelait à l’époque des Sarrasins, grâce à des analyses génétiques et des détails particuliers dans le rite funéraire. Si l’on n’est pas sans avoir que les troupes musulmanes avaient poussé, au moins pour des razzias, jusqu’à Poitiers en 732, les preuves matérielles de l’occupation dans le Languedoc, et plus précisément d’une partie de ce qui formait la Septimanie, manquaient jusqu’à présent.

La dépêche AFP qui a relaté cette découverte parle, un peu négligemment, d’une « possible coexistence des Musulmans et des Chrétiens », avant de préciser que les populations locales ont « peut-être accepté une sorte de protection pour, en échange, pouvoir préserver leurs lois et leurs traditions ». Cette vision naïve des choses donne bien sûr de l’eau au moulin des révisionnistes qui voudraient nous faire croire que les musulmans ont toujours fait partie de l’histoire de France…

Il s’agit pourtant d’une invasion, de la conquête et de l’occupation militaire d’un territoire par un peuple étranger qui s’est ensuite fait vaincre et expulser. On peut parler de « coexistence », certes, si l’on fait l’impasse sur la façon dont sont traités les dhimmis, les chrétiens et juifs en terre d’islam. Entre la jizyah, cet impôt spécial que devaient les non musulmans, l’interdiction de construire des églises et même de prêcher comme cela a été imposé dans la péninsule ibérique sous domination musulmane, voire les premiers pogroms de l’histoire, avec le massacre de 4.000 juifs à Grenade en 1066, on relativise l’idée de cette coexistence qui était en fait la soumission totale à des colons.

Les Sarrasins, après avoir conquis l’Hispanie, s’aventurent dans le sud de la France à de nombreuses reprises et conquièrent Narbonne en 718, qui deviendra la capitale de leur province en Septimanie. Les raids et les attaques s’enchaînent car ils prennent, la même année, les villes de Agde, Béziers et Nîmes, dont les Arènes seront incendiées par les occupants. Carcassonne tombe à son tour en 725 après l’échec face au duc Eudes d’Aquitaine en 721, qui défendit Toulouse. De cette base seront lancés plusieurs raids en Aquitaine et en Bourgogne, jusqu’à la bataille de Bordeaux en 732 qui voit cette fois-ci la défaite du duc d’Aquitaine, contraint de demande par la suite l’aide de Charles Martel et de ses chevaliers Francs. À la fameuse bataille de Poitiers, en 732 également, fut enfin stoppée l’armée musulmane.

Les Francs poussent leur avantage, arrivent en Septimanie en 737 et remportent quelques victoires avant la reconquête définitive par Pépin le Bref en 759. Cette présence musulmane dans le sud de la France n’aura duré qu’une quarantaine d’années tout au plus, avant une autre tentative d’invasion aura lieu entre 890 et 973 près de Saint-Tropez, avec un petit bastion montagneux qui donnera son nom au massif des Maures. Le Languedoc peut pourtant se considérer chanceux si l’on songe aux sept siècles qu’il aura fallu pour mener à bien la Reconquista espagnole.