19 janvier 1797 : émeute au théâtre du Capitole

19 janvier 1797 : émeute au théâtre du Capitole

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Au cœur de Toulouse, dès le début du Directoire, l’on assiste à une renaissance de la vie politique qui n’avait jamais été aussi animée depuis 1789. Alors que la plupart des autres villes de la région se donnaient des municipalités réactionnaires, voire royalistes, Toulouse confirmait déjà sa situation exceptionnelle de place forte « rouge » en pays « blanc ».

La lutte passionnée et violente opposait deux partis irréductibles. Les muscadins, d’une part, adversaires de la Révolution, portaient un ruban blanc ou noir au chapeau, des tenues extravagantes, fréquentaient le café du Jardin Royal et le café Rouaix où ils lisaient L’Anti-Terroriste. En face, les jacobins, surnommés avec mépris « les jonquilles »par leurs opposants en raison du ruban jaune qui ornait leur chapeau. Ils lisaient L’Observateur républicain dans un café rue de la Pomme et se retrouvaient au Club des Jacobins.

Le 19 janvier 1797, le Théâtre de la Liberté, place du Capitole, donnait Paul et Virginie. L’entrée en scène de Mademoiselle Cressent, actrice connue pour ses sympathies royalistes déclencha un violent tumulte entre les jacobins du parterre qui la sifflaient et les muscadins des loges qui l’applaudissaient. L’intervention des officiers municipaux, ceints de leur écharpe tricolore ne suffit pas à rétablir le calme : le tragédienne s’évanouit, on dû évacuer la salle mais les rixes se poursuivirent à l’extérieur et firent plusieurs dizaines de blessés.

Dans une rage folle, des bandes de muscadins défiaient les républicains, arrachaient les arbres de la liberté… Inversement, les jonquilles molestaient les royalistes et chantaient à tue-tête la mort du roi Louis XVI. L’émeute dura toute la nuit : révolutionnaires et royalistes réglant leurs comptes à coups de barres de fer pour les uns, de cannes-épées pour les autres.