Les policiers en colère interpellent les candidats

Les policiers en colère interpellent les candidats

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A l’approche du scrutin qui désignera le prochain Président de la République, le CLIP et les policiers en colère interpellent tous les candidats. Ils publient Le livre blanc du malaise des policiers, accompagnée d’une lettre adressée aux prétendants à l’Élysée. Ils entendent recevoir des réponses claires et des engagements concrets d’une classe politique souvent vilipendés durant les manifestations.

« Ce livret n’a pas pour vocation d’exposer une vision exhaustive des problèmes de la Police Nationale, ni la prétention d’indiquer comment les résoudre. Il synthétise, à l’usage de tous et notamment des personnes peu au fait des affaires de la Police, les revendications les plus fréquentes des policiers, celles qu’ils ont à cœur et qui motivent leur mouvement depuis plusieurs mois. A l’appui des propositions faites par les collectifs policiers et notamment d’une demande d’Etats-généraux de la Police, il propose quelques pistes pour une police plus en adéquation avec les missions qui sont les siennes, plus efficace, plus sécure et plus proche des citoyens. »

Signé par l’association mobilisation des Policiers en colère, les collectifs libres et indépendants de la Police 31 et 33, les membres de l’Union des policiers nationaux indépendants, la trentaine de pages traduisent le malaise d’une profession trop souvent dénigré dans le débat public. Analyses d’une situation conflictuelle, revendications et provocations, le livre offre un témoignage poignant du quotidien vécu par les fonctionnaires : violences, considération, réforme des cycles horaires, moyens matériel, justice, état d’urgences, suicides dans la profession…

Pour le consulter

Lire la lettre du Clip 31:

Objet : Demande d’audience – demande de prise de position à l’égard des revendications des policiers de terrain

Madame, Monsieur,

Vous êtes candidat(e) à l’élection présidentielle.

A ce titre, vous briguez l’immense responsabilité de déterminer les orientations fondamentales de la politique de la Nation, et de conduire nos concitoyens vers un avenir qui, cela ne vous aura pas échappé, ne suscite plus aujourd’hui qu’incertitude, crainte ou pessimisme : jamais autant de français n’ont exprimé leur exaspération à l’égard d’une classe politique dont ils considèrent qu’elle ne comprend ni ne défend leurs intérêts quotidiens, ni exprimé la certitude que leurs enfants vivraient moins bien qu’eux.

En vous portant candidat(e), sauf à ce que cela ne soit que l’expression d’une ambition personnelle, d’un désir de toute-puissance ou d’un besoin d’immunité, toutes motivations que ne vous prêtent pas a priori les policiers du CLIP 31, vous faites profession de votre foi en la capacité du pouvoir politique national de faire le bien, de changer les choses, d’améliorer les conditions de vie des Français, de restaurer leur espoir, de leur assurer la paix et la sécurité.

Vous ne réussirez dans cette voie qu’en portant la plus grande attention à l’expression des aspirations du Peuple français.

Le CLIP 31 est constitué de Gardiens de la Paix qui s’honorent de servir au quotidien la population, de secourir ceux qui sont en difficulté, de protéger les innocents contre les agressions injustes, d’assurer l’ordre et la tranquillité nécessaires à la vie en société, au péril de leur intégrité physique, de leur équilibre moral et de leur stabilité familiale, dans le respect scrupuleux des lois de la République, des droits de la défense et des libertés individuelles.

Ces Gardiens de la Paix n’attendent d’autre rétribution de leur engagement sans limites que, de la population, le respect de leur uniforme et de leur personne ; que, de l’État, l’attribution des moyens humains, matériels et juridiques nécessaires à l’exécution de leur mission ; que, de leurs chefs, des instructions claires, cohérentes et de nature à apporter une réponse concrète aux préoccupations de nos concitoyens et aux dangers qui les guettent, et un soutien sans faille à ceux qui les appliquent au mépris de leurs intérêts et confort personnels.

Ces Gardiens de la Paix se sont rassemblés et organisés au sein d’une association apolitique et non syndicale, pour exprimer l’exaspération et le désarroi d’une profession dont les destinées sont soumises au carriérisme de ses chefs, à la compromission de ses représentants « institutionnels » et à la soumission de tous au culte d’une statistique qui ne correspond en rien à une action réelle sur les causes et manifestations de la délinquance.

Conscients de l’étendue des responsabilités qui découlent de leur indéfectible engagement au service de la population, des enjeux auxquels notre société et notre civilisation sont confrontées, irrésignés à voir leur vocation se déliter au même rythme que les moyens mis à leur disposition, ces policiers s’insurgent sincèrement, et respectueusement, contre la fatalité du déclin de notre modèle social.

Dépourvus d’arrières-pensées corporatistes ou catégorielles, ils m’ont convaincu du caractère salvateur et altruiste de leur mouvement, et parce qu’ils sont aussi conscients de leurs devoirs de loyauté, de discrétion et de réserve que de l’impérieuse nécessité de faire entendre le plus largement la voix de la vérité, j’ai, en tant qu’avocat, spécialiste des questions de sécurité et de légitime défense, défenseur des policiers victimes, ancien policier auxiliaire, accepté sans hésiter de devenir le porte-parole du CLIP 31.

Si le mouvement des policiers en colère est un mouvement national, mouvement de fond et non d’humeur, le CLIP 31 a à faire entendre un certain nombre de revendications locales spécifiques :

Qui sait, et qui accepterait, s’il le savait, qu’à Toulouse, 4ème ville de France, bien souvent, il n’y a aucun véhicule police-secours, parce que les effectifs des brigades ont été divisés par deux en 10 ans, et que les quelques policiers disponibles sont accaparés par des tâches indues de gardes statiques à l’hôpital, au Palais de Justice, ou de sécurisation d’évènements privés ?

Qui sait qu’en appelant le 17 pour une urgence, c’est en moyenne 22 minutes que les toulousains attendent l’arrivée du premier policier ?

Qui sait qu’à Toulouse, une plainte sur 2 est classée sans suites, soit dès sa réception par le service, soit parce qu’après plusieurs mois ou années en attente d’un début de prise en charge, étant « non prioritaire », elle est considérée comme devenue caduque ?

Qui sait qu’à Toulouse, 4ème ville de France, il y a 300 fonctionnaires de police de moins qu’à Bordeaux, pour une population couverte supérieure de 200 000 habitants et un taux de criminalité de 10 % supérieur ? Et ce alors que Toulouse occupe le deuxième rang après Paris en termes de manifestations de voie publique, et donc de services d’ordre policiers, et compte plus de 300 islamistes radicaux suivis par les services de renseignement ?

Qui sait qu’à Toulouse, chaque année, près d’un policier sur deux est blessé en service ?

Madame, Monsieur, à l’aube d’une échéance électorale cruciale pour notre Pays et pour les Valeurs qu’il diffuse dans le Monde, prenez le temps de nous recevoir et de nous entendre. Nous serons honorés de vous présenter nos revendications et propositions, toutes sincères, concrètes et réalisables.

Permettez-nous enfin de citer et de soumettre à votre réflexion cette phrase d’Albert Einstein, qui définit parfaitement l’enjeu de l’entreprise dans laquelle vous vous êtes lancé(e) :

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».

Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Madame, Monsieur, à l’expression de nos patriotiques et républicaines salutations.

                                                      Le CLIP 31