« Moi la Mort, je l’aime comme vous aimez la Vie. » Polémique autour...

« Moi la Mort, je l’aime comme vous aimez la Vie. » Polémique autour d’une pièce retraçant la vie de Mérah

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Le 11 juillet prochain aura lieu, dans le cadre de la programmation « off » du 71° festival d’Avignon, la dernière représentation de la pièce du metteur en scène Yohan Manca : « Moi la Mort, je l’aime comme vous aimez la Vie ». Référence à peine voilée à Mohammed Mérah. 

Depuis quelques jours, cette pièce de théâtre, censée retracer les derniers échanges du terroriste Mohamed Merah avec les hommes du RAID,  créée un vif émoi dans les régions de Toulouse et Montauban suscitant la colère des proches des victimes. Rappelons qu’en mars 2012, Mohamed Merah, radicalisé en prison, assassine 7 personnes dont deux enfants avant d’être lui-même abattu par les hommes du RAID dans son appartement du quartier de la Côte Pavée à Toulouse.

Les avocats des victimes, Mes Patrick Klugman, Ariel Goldman, Elie Korchia et Jacques Gauthier-Gaujoux, ont demandé aujourd’hui par courrier au metteur en scène et à l’auteur de la pièce l’annulation de la représentation :

« Nous qui avons la responsabilité de porter la voix de ceux qui ont péri à Toulouse et Montauban et celle de leurs familles, nous considérons qu’une telle entreprise de réhabilitation dans le contexte que nous traversons sous couvert d’alibi culturel est une honte et un déshonneur. Nous vous demandons d’y renoncer »

Par ailleurs, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), a demandé lui aussi la déprogrammation de la pièce et assurant avoir chargé son avocat, Me Charles Baccouche, de déposer plainte à Avignon pour « apologie contre le terrorisme et antisémitisme. »

Pari dangereux que celui de Yohan Manca, qui d’ailleurs joue le rôle de l’islamiste sur scène, prenant le risque de donner un visage plus humain à l’assassin, rendre Merah… normal. Lui-même reconnait que “tout ça est bouillant et que c’est clivant. Évidemment, il y a des gens qui n’ont pas envie de voir ça, qui n’ont pas envie d’entendre ça, qui n’ont pas envie de se replonger dans ces affaires-là”. Pour lui, Mohamed Merah était “un fanatique des armes à feu plus que du Coran”.

Certaines familles de proches des victimes reprochant au metteur en scène de faire de Merah un héros. Pour Latifa Ibn Ziaten, la mère de la première victime de Merah à Toulouse, cette pièce est un choc. Elle craint surtout que ce texte ne donne des idées à des jeunes tentés par la radicalisation comme ceux qu’elle rencontre tous les jours :

« chaque fois qu’un jeune me dit « Merah, c’était un héros », c’est comme si on tuait mon fils une autre fois, Merah c’était seulement un assassin et un monstre. Cela me fait peur, cette pièce,  j’ai peur que ça donne des idées à des jeunes fragiles, je me bats tous les jours pour empêcher ça. ».

Olivier Py, directeur du festival d’Avignon depuis 2014, ne s’est pas exprimé sur la question.

A noter tout de même que les ressources du festival d’Avignon proviennent à 58% de subventions publiques, dont 800 000 Euros de la région Provence-Alpes-Côte-D’azur, subvention augmentée de 150 000 Euros cette année sous les auspices de son président du moment Christian Estrosi. Ce dernier, maire de Nice, serait sans doute moins enclin à tant de largesse si la pièce de Yohan Manca avait porté sur les derniers instants de  Mohamed Lahouaiej-Bouhlel1

JG

  1. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a assassiné 86 personnes lors d’une attaque au camion-bélier sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016. L’attentat est revendiqué le 16 juillet par l’organisation terroriste État islamique (dite « Daech »).