« Religion et Vivre ensemble » : entre angélisme et nécessité

« Religion et Vivre ensemble » : entre angélisme et nécessité

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Café-Débat : « Religion et Vivre ensemble », organisé par l’association Des Hauts et Débats (Association liée à UT1), à la Fabrique, le 24 janvier 2018.

Une quinzaine de personnes étaient présentes. L’intervenant principal commence son exposé en donnant quelques chiffres :

« En 1905, 90% des français sont catholiques. En 2010, 42 millions se déclarent catholiques pour seulement la moitié qui assistent à la messe dominicale. On compte environ 4 millions de musulmans, 1,2 millions de protestants, 600 000 juifs, 400 000 pour le bouddhisme et près de 140 000 témoins de Jéhovah. Il y aurait 29% « d’athées convaincus » et 34% affirment n’appartenir à aucun culte religieux soit 63% d’irreligieux. Nous sommes donc de fait au cœur d’une cohabitation religieuse (et non-religieuse) qu’il faut organiser. »

Le concept de laïcité est flou et n’est défini nulle part. La loi de 1905 prévoit la séparation des Eglises et de l’Etat en imposant à celui-ci une neutralité, qui permet une égalité de traitement entre les acteurs pour une cohabitation pacifique. Par exemple, l’Etat ne peut financer le culte (mais il pourra verser des sommes pour les édifices religieux relevant du patrimoine culturel).

En 2018, certaines réformes de la laïcité pourraient être envisageables. En effet le modèle français semble aujourd’hui avoir des failles : les débats sur le port du voile en public, le burkini sur les plages, ou le retrait de croix de l’espace public en sont les illustrations car ils soulèvent des passions sur l’appréhension actuelle de la notion. La question en 2018 reste cependant la même qu’en 1905 : comment permettre une cohabitation pacifique entre les diverses religions ? Pour que le système légal marche, le sentiment religieux doit être une opinion, un ressenti personnel et ne pas s’imposer sur la scène publique. L’intervenant souligne en effet que l’enjeu de cette cohabitation est de rendre possible le « vivre ensemble », de donner vie au contrat social de Rousseau. Il faut ainsi essayer de canaliser les revendications religieuses en apprenant aux pratiquants qu’il existe malgré tout des valeurs, celles de la République, qu’il faut respecter. Ces valeurs doivent être le prisme de lecture à adopter quand on étudie notamment le Coran, fait remarquer un des membres présents. Il appartient à l’Etat d’apprendre ces valeurs à la jeunesse, par l’éducation, pour que celle-ci comprenne le bien-fondé de la République et relativise sa religion. Telles sont les idées de réforme du modèle de la laïcité à la française.

Lire aussi : Histoire, mémoire, identité « les enjeux », conférence de Reynald Secher.

Un autre membre présent semble être en désaccord avec cette vision, qu’il trouve idéaliste et non fondée sur la réalité. En effet selon lui, l’essence des religions notamment chrétienne et musulmane est d’avoir une vocation politique et universelle. A priori ces religions sont incompatibles avec la laïcité qui demande de garder sa croyance sur la sphère privée. Il ajoute aussi que le Coran porte en lui-même des éléments anéantissant toute idée de vivre-ensemble comme le propose la République. Il est rétorqué que la religion est avant tout une lecture personnelle qui peut être détachée du livre sacré. Cette remarque ne semble par convaincre l’intéressé car « la loi de 1905 et la volonté de vivre-ensemble sont d’une naïveté angélique dans la vision de ce qu’est l’islam ». La référence aux attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan ne semble pas aboutir car selon l’assistance, « il y a beaucoup de fake news alimentant la haine contre l’islam » ; de plus « la majorité des attentats en France sont le fait d’activistes basques ou corses », donc une généralisation serait mauvaise.

En conclusion, il est souligné que bien que tous différents, il convient d’essayer de comprendre l’autre pour ne pas le rejeter. La république au travers de ses valeurs permettrait alors le vivre-ensemble.

On pourrait alors opposer les quelques remarques suivantes. D’abord, la majorité de l’argumentaire de l’intervenant principal repose sur une idée et non des faits. Cette idée est que la république en elle-même contient des valeurs qui pourront triompher de « l’obscurantisme » et de la violence des religions. La laïcité se meut alors en laïcisme, véritable religion républicaine. Cette vision est intellectuellement dangereuse car non fondée sur des faits objectifs : on « oublie » certains faits comme des passages du Coran en affirmant que l’islam est en lui-même compatible avec la République et on continue d’essayer de construire la société « parfaite » où régneraient l’amour, le respect de l’autre et les droits de l’Homme… Jusqu’à ce que la réalité nous revienne dessus telle une gifle dans la gueule.

J.T