Fake News. Vers le triomphe de la censure !

Fake News. Vers le triomphe de la censure !

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Emmanuel Macron voeu de la presse fake news

Audrey Bibollet décortique les dessous de la politique de lutte contre les « fake news », entrepris par Emmanuel Macron. 

Lors de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron a défini la liberté de la presse comme étant la plus haute expression de la liberté et donc la liberté la plus caractéristique de la démocratie. Il a également à plusieurs reprises émis la volonté de conserver un pluralisme de presse qui constitue à ses yeux un contre-pouvoir.

Cependant, malgré un amorçage inspirant, les voeux prononcés prennent ensuite un tout autre sens : « Nous avons considéré que toutes les paroles pouvaient se valoir et que la régulation était forcément suspecte d’un choix, or, ce n’est pas le cas, toutes les paroles ne se valent pas. ».

Lutte contre les « fake news » ou contre l’opposition ? 

Le Président de la République fait un éloge à une presse unique, une presse « au service de la cohésion nationale ». En émettant la volonté de réformer le CSA, lui permettant de censurer les chaînes télévisées influencées par les États étrangers si elles déstabilisent le pouvoir ou encore si elles influencent le scrutin en période électorale, Macron prône une presse au service du pouvoir.

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Malgré sa vaine tentative pour faire porter tous les tords aux fake news, on peut observer une volonté claire de sanctionner les avis divergents. La réelle problématique de cette intervention est la montée nouvelle du nationalisme dans l’UE, en désaccord évident avec la politique communautaire voulue par Emmanuel Macron et ses semblables. Il fait par ailleurs le lien entre « une fascination nationaliste » et le recul des démocraties européennes.

La France 39e au classement de la liberté de la presse

Ce dont le Président de la République ne parle pas, c’est de la place indigne de la France en matière de liberté de la presse. Reporters Sans Frontière classe la France 39ème, avec un score de 22,24 contre un score de 7,60 pour le lauréat, la Norvège. Macron ne parle pas des causes réelles de ce rang : faible indépendance éditoriale, médias principaux aux mains de grands lobbyistes (Patrick Drahi, Xavier Niel par exemple), proximité des médias et du pouvoir politique… Il préfère acculer les fake news, qui n’ont pourtant pas de grande incidence sur la presse puisque comme il le relève de lui-même, ces fake news sont relayées par des sites, des plateformes et répandues grâce aux réseaux.

Il commémorait les 65 journalistes tués et les 326 journalistes emprisonnés dans le monde pour leur parole qui dérange mais malgré cela, il veut instaurer un nouveau système de censure, plus fort encore dans des moments déterminants de la vie politique. Mais qui est habilité pour juger de la pertinence d’une information ? Pour lui, certains médias sont financés pour entretenir le doute, forger des vérités alternatives, laisser penser que le politique est mensonger mais ne serait-ce pas là que le pluralisme s’exprime ?

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Pour le Président, toutes les paroles ne se valent pas, certaines sont l’expression de projets politiques nocifs pour la démocratie. Ainsi, il faut faire le tri, un tri qui ne peut qu’être subjectif et censitaire. À l’image du Décodex de Le Monde, le tri ne se fera pas en fonction de la véracité des informations mais plutôt en hiérarchisant les bonnes et mauvaises opinions.

Malgré l’éloge évidente de Macron à l’égard de certains médias, ceux-ci ont la même lecture subjective de l’actualité. Pour preuve, les violences policières de Champigny-sur-Marne, pour lesquelles les médias n’ont eu mot qu’après une forte indignation des internautes. Autrement, cette information aurait été passée sous silence, mais cela n’en fait pas pour autant une fake news.

Audrey Bibollet