Trèbes : une ville meurtrie par Radouane Lakdim

Trèbes : une ville meurtrie par Radouane Lakdim

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Lac_de_Trèbes Radouane Lakdim
La ville de Trèbes, dans l’Aude, restera à jamais marquée par ce vendredi 23 mars 2018. L’épopée meurtrière du terroriste Radouane Lakdim aura fait quatre victimes et seize blessés.

En ce dimanche des Rameaux, le deuil s’est invité lors de la messe célébrée en l’église de Trèbes. Certaines personnes n’ont pas hésiter à faire plusieurs dizaines de kilomètres pour y assister. L’église ne pouvant accueillir que 350 fidèles, 200 personnes ont suivi l’office à l’extérieur, rue du 14 juillet. Des représentants de la communauté musulmane et juive étaient également présents. L’évêque de Carcassonne a rendu hommage à Arnaud Beltrame devant les familles de victimes, les représentants de l’État et de la gendarmerie.

Retrouvez en intégralité l’homélie prononcé par Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne et Narbonne, ce dimanche 25 mars dans l’église Saint-Étienne de Trèbes.

« Le texte de la Passion que l’on vient de nous lire est d’une violence inouïe. Nous l’avons vu, nous avons entendu, ce moment terrible. Nous l’avons retrouvé livré aux mains de manipulateurs politiques, de bourreaux sadiques et meurtriers. Pourtant il croise Simon qui, dans tout ce malheur, se fait secourable tandis que des soldats essaient d’apaiser sa douleur par ce breuvage qu’ils croient analgésique. Cette angoisse de la mort qui vient, vous êtes plusieurs à l’avoir vécue, tandis que d’autres, comme les femmes de l’Évangile, vivaient l’angoisse impuissante devant l’épreuve d’un être aimé dans l’incertitude de l’issue. L’évangéliste Marc nous dit — et ce n’est pas pour rien — que Jésus meurt à la place de Barrabas que Pilate a timidement essayé de lui substituer. L’évangéliste Jean — et c’était le passage proposé à notre prière des communautés catholiques vendredi dernier — nous rapporte cette phrase du grand Prêtre, où il voit le sens de la Passion de Jésus : « Il vaut mieux qu’un seul meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas » et l’évangéliste ajoute : « et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». Au milieu de la terrible épreuve de vendredi, un homme s’est substitué à une victime et l’a payé de sa vie. Lorsque je rédigeais, accablé, ma déclaration, au soir de ce jour terrible, je m’étais contenté d’évoquer « l’exemple du parfait dévouement », saluant cette abnégation propre aux soldats prêts à donner leur vie pour la patrie et leurs concitoyens. Je sais aujourd’hui par les témoignages nombreux que j’ai reçu que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame joignait à ce dévouement de soldat la foi d’un chrétien prêt à entrer dans une Semaine sainte. Ceux qui ont évoqué à son sujet la figure de saint Maximilien Kolbe, même s’il s’agit de circonstances différentes, ont compris quelque chose de son acte. Saint Paul, à l’instant, citant peut-être une hymne de l’Église de Philippe des années cinquante de notre ère, nous révélait le cœur de la Passion du Christ : une descente vertigineuse, un évidemment de soi pour nous rejoindre au cœur même de notre souffrance, et jusqu’à la mort la plus injuste, pour nous communiquer sa vie qui nous relèvera de notre propre mort. Jésus sait ce qu’a écrit de lui le prophète Isaïe et il le prend à son compte : « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours, c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages… je sais que je ne serai pas confondu ». La lecture de la Passion se terminait sur les femmes observant le tombeau. Aujourd’hui nous sommes comme elles. La violence a tué notre espoir, notre vie a été ravagée, la douleur nous étreint et nous nous heurtons à la froide réalité de la mort plus lourde que la pierre du tombeau. Oserai-je vous inviter à aller plus loin ? Nous les retrouverons, ces femmes, à la Veillée pascale, retournées au tombeau, encore enfermées dans leur deuil, portant d’inutiles parfums. Soudain sidérées par la pierre roulée, le tombeau vide et un messager leur donnant rendez-vous dans ce pays multiculturel et un peu interlope de la Galilée où le Vivant les attend. C’est ce que les chrétiens voudraient vous dire : une vie donnée ne peut pas être perdue, elle transcende le malheur pour nous rassembler dans l’unité, elle nous appelle à croire en la vie plus forte que la mort, à l’espérance dont notre fraternité sera le signe. »

Les obsèques des victimes et une marche blanche auront lieu le 30 Mars, à Trèbes, a t-on apprit.

La France entière émue par le geste d’Arnaud Beltrame

Arnaud Beltrame, le gendarme qui s’est échangé contre une otage lors du siège du supermarché, a malheureusement succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi. Les messages de soutien à sa famille et d’hommage à son geste héroïque ont abondé de toute part.

 

L’enquête se poursuit

En parallèle de l’hommage national rendu aux victimes, l’enquête autour du terroriste se poursuit. Des notes retrouvées à son domicile accrédite bien son affiliation idéologique à Daech, et vont dans le sens de la préméditation de l’attaque. L’enquête essaiera de déterminer s’il a pu bénéficier de complices, notamment pour lui fournir l’équipement retrouvé sur lui après l’assaut : un couteau de chasse et trois engins explosifs artisanaux. Deux de ses proches, sa compagne de 18 ans, fichée S pour « des signes de radicalisation » et un de ses amis de 17 ans, ont été placés en garde à vue. La garde à vue, dans les affaires liées au terrorisme, peuvent se prolonger jusqu’à 96 heures. Les deux proches du tueur n’ont fait valoir leur droit au silence et s’expriment actuellement.

Qui était Radouane Lakdim ?

Naturalisé français en 2004 en même temps que son père, Radouane Lakdim était fiché S depuis 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste, et a passé un mois en prison en 2016 pour usage de stupéfiants. Une polémique a d’ailleurs enflammé sur les réseaux sociaux après que BFMTV ait annoncé qu’il avait été naturalisé… en 2015 (soit après sa mise sous surveillance). Une fausse information a priori involontaire, mais moqué sur internet pour sa fake news.

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Radouane Lakdim, franco-marocain de 26 ans connu des services de renseignements pour faits de délinquances et fiché au FSPRT (Fichiers des Signalements pour la Prévention de la Radicalisation à caractère Terroriste), démarre son itinéraire sanglant aux alentours de Carcassonne, ce vendredi 23 Mars, vers 10h30. Il blesse d’abord par balles le conducteur d’une Opel blanche, avant d’abattre le passager, Jean Mazières, viticulteur à la retraite de Villedubert. Le pronostic vital du conducteur est engagé.

Croisant la route d’un groupe de CRS en plein jogging (les faits se déroulent à proximité d’une caserne), Lakdim ouvre le feu. L’un des agents est gravement atteint au poumon.

C’est alors qu’il se rend au supermarché Super U de Trèbes, à une quinzaine de minutes en voiture de là. Il entre dans le supermarché aux cris de « Allah Akbar », un 9 millimètres dans une main, et un couteau dans l’autre.

En entrant dans le Super U, il tue Christian Medves, boucher de 50 ans, père de deux filles et récemment devenu grand-père. Il tue également un client du supermarché, Hervé Sosna, maçon à la retraite de 65 ans.

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Panique. Certains clients arrivent à se cacher dans les rayons, une vingtaine d’autres à s’enfuir par une issue de secours, et à se réfugier dans le garage Peugeot voisin du supermarché, recueillis par Michel Razous, le père du propriétaire du garage.

L’héroïsme d’Arnaud Beltrame

L’assaillant, qui réclame la « libération de Salah Abdeslam » et déclarant vouloir « venger ses frères en Syrie », prend en otage une mère de famille de 40 ans. Le Raid, le GIGN, et trois hélicoptères sont mobilisés sur place et bouclent la ville.

Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel du groupement de gendarmerie de l’Aude, se porte volontaire pour se substituer à l’otage. Plus tard, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le président de la République Emmanuel Macron salueront ce geste courageux et héroïque. Beltrame laisse son téléphone ouvert pour permettre aux forces de l’ordre d’entendre ce qu’il se passe à l’intérieur. Le GIGN est intervenu dès que des coups de feux ont pu se faire entendre. Au cours de l’assaut, un agent du GIGN est blessé à la jambe.

Vers 14h30, Radouane Lakdim est neutralisé. Daesh revendique l’attaque une heure plus tard, via son organe de propagande.

Arnaud Beltrame est blessé par balles et au cou à l’arme blanche, a deux côtes cassés, et un poumon perforé, il est transféré à l’hôpital en urgence, il s’éteindra dans la nuit. L’autopsie mettra en évidence son égorgement, comme cause principale de sa mort.