Grève des cheminots : 2500 manifestants à Toulouse

Grève des cheminots : 2500 manifestants à Toulouse

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manif cheminots toulouse 03 04 18
Manifestation des cheminots à Toulouse, le 3 avril 2018. Crédit : IT / Mathieu Vergez.
Le mouvement des cheminots contre la réforme de la SNCF se poursuit. À Toulouse mardi après-midi, environ 2500 personnes étaient présentes dans le cortège inter-syndical qui est parti de la gare Matabiau pour rejoindre les grands boulevards.

Le rassemblement a débuté à l’entrée de la gare Matabiau. Les manifestants, principalement des cheminots, se sont amassés, hissant les drapeaux de plusieurs organisations syndicales et partisanes : la CGT, Sud-RAIL, l’Unsa, et la CFDT étaient présents, accompagnés des partis politiques dont la France insoumise, du NPA et du Parti communiste français (PCF). Un cortège composé d’étudiants et de lycéens s’est également joint au mouvement.

Tous réclament le maintien et la reconnaissance de la mission de service public de la SNCF, et s’opposent à l’ouverture à la concurrence. « Les élus communistes dont je fais partie ont décidé d’être présents pour défendre le service public ferroviaire, l’égalité de traitement pour tous les usagers » déclare Pierre Lacaze, secrétaire départemental du PCF présent sur place. « Nous, notre souci, ce n’est pas la question du statut des cheminots. Ce sont les syndicats qui se battent. Mais la bataille des syndicats, ce qu’on a entendu de la part de la CGT, c’est qu’elle veut défendre un service public, et ça, ça nous intéresse. Nous appelons tout le monde à se joindre à la mobilisation », continue t-il. 

Vers 14h30, la manifestation démarre et foule la rue Bayard qui fait face à la gare. Au cortège de tête, fumigène et pétards s’allument.

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Crédit : IT / Mathieu Vergez.

L’appel à la mobilisation a été lancé en réaction au projet gouvernemental de réforme qui consiste à :

  • Faire progressivement disparaître le statut de cheminot, sur le long terme.
  • Faire passer la SNCF du statut d’entreprise publique à caractère industriel au statut de société anonyme à capitaux publics. Un changement de statut qui laisse présager aux syndicats une future privatisation.
  • Ouvrir la SNCF à la concurrence, sur le même modèle que la téléphonie et le transport aérien.

Une réforme qui fait également craindre pour la survie et le désengagement de l’État vis-à-vis des petites lignes régionales, dont l’entretien est financé et assuré par les régions. Le projet de réforme fait lui-même suite à un « Rapport sur l’avenir du transport ferroviaire » (dit « Rapport Spinetta ») remis à Edouard Philippe le mois dernier par Jean-Cyril Spinetta.

« Il faut savoir tirer les leçons des expériences, des erreurs des autres »

Pour Dominique Satgé, conseillère régionale du Parti communiste français présente à la manifestation, le changement de statut de la SNCF la laisse incrédule : « C’est le même processus qui est engagé de la part du gouvernement, en transformant la SNCF en société anonyme par actions, c’est la même procédure que pour la privatisation d’Air France, de la Poste, d’EDF-GDF, l’Aéroport de Paris, etc. » Elle pointe du doigt l’exemple anglais de privatisation des sociétés du rail et le met en parallèle du projet d’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire en France : « Nous voyons ce qu’a donné la privatisation au Royaume-Uni, où ça a été une catastrophe à tous les niveaux, d’abord pour l’augmentation des billets, puisque là-bas, en moyenne, les billets sont six fois plus chers qu’en France (alors qu’on trouve qu’ils sont déjà trop chers en France). Ça a été aussi une catastrophe au niveau de la sécurité, au niveau des retards, au niveau des lignes supprimées, à tel point qu’aujourd’hui, même les libéraux réclament la re-nationalisation du transport des voyageurs au Royaume-Uni. Nous, nous disons qu’il faut savoir tirer les leçons des expériences, des erreurs des autres. »

« Personne ne veut traiter la dette »

Le discours est sensiblement le même du côté des syndicats. Pour Adrien Berguin, représentant UNSA-Ferroviaire, il s’agit de «  défendre en tant que cheminot, notre statut, nos droits, et par rapport à l’ouverture à la concurrence, défendre tous les acquis que nous avons pu avoir au long des années ». L’exemple britannique revient également sur la table, cristallisant les craintes autour de la privatisation : «  Nous avons la chance de pouvoir voir dans certains pays, des choses qui ont été créés, notamment en Angleterre, qui sont un désastre monumental, parce que le prix des billets a été augmenté par trois, la fréquentation des trains a baissé et les voyageurs ne se retrouvent plus dans le service public. […] Ce que nous voulons, c’est éviter ce genre de propagation totale de libéralisme ferroviaire. »

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«  Ce qu’il se passe, c’est que la dette est toujours mise de côté, personne ne veut la traiter. Nous disons que la dette est un problème de l’État, et un problème des Français et des citoyens, et qu’elle doit être traitée en commun et non pas au détriment des salariés ».

Le cortège est ensuite allé rejoindre les grands boulevards toulousains. Aucun incident n’a été à déplorer et la dissolution s’est effectuée dans le calme.

Mathieu Vergez et N.C.