Troisième soir d’émeutes dans le quartier de la Reynerie

Troisième soir d’émeutes dans le quartier de la Reynerie

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Quartier voiture brulée Toulouse
© Ninon-Claire / Infos-Toulouse
Le quartier de la Reynerie à Toulouse connaît depuis trois soirs, des violences entre émeutiers et forces de l’ordre. Aucun blessé n’est encore à déplorer, mais la police compte près de soixante voitures brûlées au total. 23 individus ont été interpellés, deux mineurs ont été depuis relâchés.

Les violences ont bien repris dans la soirée de mardi. Si les affrontements étaient en deçà de ce qu’on avait connu depuis lundi, il y a eu davantage d’incendies de véhicules dans le quartier de la Reynerie. 29 voitures sont ainsi parties en fumée. Les policiers ont procédé à cinq interpellations. Dans le quartier voisin de Bagatelle, les policiers ont été visés par des tirs de mortier. Un homme a été arrêté. À Colomiers, c’est trois voitures qui ont été incendiées.

La mairie de Toulouse a indiqué, mardi après-midi que « la ville et la préfecture étudient les conditions juridiques pour établir un arrêté de couvre-feu qui viserait les personnes mineures dans le périmètre des quartiers où ont lieu les violences urbaines » dans l’ensemble du Grand Mirail.

Lundi, 25 véhicules incendiés se sont ajoutés aux 11 ayant déjà brûlé la veille. Les policiers présents sur place ont dû essuyer des tirs de projectiles et de mortier de la part de groupes organisés de trente à quarante personnes, depuis la rue et les appartements. En marge des affrontements, les résidents ont assistés, impuissants aux incendies.

D’autres résidents de la cité s’en sont pour leur part donné à cœur joie sur les réseaux sociaux et plus particulièrement sur Snapchat.

Émeutes au Mirail, ils s'en donnent à coeur joie sur Snapchat

Compilation de la haine "anti-flic" qui se propage dans les quartiers du Mirail et sur Snapchat.

Publiée par Infos-Toulouse sur mardi 17 avril 2018

Quand tout un quartier s’embrase

À l’origine de ces incidents, la mort d’un détenu de la maison d’arrêt de Seysses, un trentenaire habitant dans le quartier de la Reynerie. Cet homme, incarcéré pour une affaire criminelle commise dans un autre département, avait été placé en cellule d’isolement après avoir agressé et menacé de mort un surveillant. Il a été retrouvé pendu à sa cellule, samedi 14 avril, à la maison d’arrêt de Seysses. Le parquet a confirmé son suicide. Cependant, une rumeur circulerait parmi les codétenus et les émeutiers : l’homme aurait été roué de coups et tué par les surveillants.

Le contrôle d’identité, vers 17h30 place Niki de Saint-Phalle dans le quartier de Bellefontaine, par des policiers d’une femme portant le niqab pourrait également être à l’origine de l’émeute, selon la Dépêche. Cette dernière a refusé de se dévoiler après n’avoir pu fournir aux policiers qu’une photocopie en mauvais état de sa pièce d’identité. Elle se serait alors mise à crier en attirant une trentaine de personnes, créant ainsi la confusion et l’escalade de la violence.

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Plus tard dans la soirée, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pierre. Le commissariat de Bellefontaine a lui aussi été pris pour cible. Les forces de l’ordre présentes sur place ont dues être renforcées par une équipe de CRS et un hélicoptère, qui a survolé le quartier pendant plus d’une heure. 300 grenades lacrymogènes ont été tirées durant la soirée. Aucune interpellation n’a été effectuée ce soir-là, mais onze voitures ont été brûlées.

Un « dispositif conséquent » a été prévu pour les jours suivants afin d’éviter de nouvelles émeutes, selon le commissaire Bavois. Suite à ces incidents, la préfecture de Haute-Garonne a décidé d’émettre un arrêté interdisant la vente et le transport de carburant au détail. Par prévention et par crainte de nouveaux débordements, « L’achat et la vente au détail, l’enlèvement ou le transport de tout carburant par jerricanes, cubitaniers, bidons, flacons ou récipients divers dans les points de distribution des communes de Toulouse Métropole, Portet-sur-Garonne, Vieille-Toulouse, Ramonville Saint-Agne et Labège » est donc momentanément interdite. Cet arrêté a pris effet lundi 16 avril à 16h, et court jusqu’au mercredi 18 avril à 20h.

Le phénomène s’exporte dans la région

Dans la nuit de lundi à mardi, des incidents similaires ont été constatés à Agen et Auch. À Agen, un départ d’incendie sur un conteneur de déchets a été maîtrisé par les pompiers, avant qu’une voiture prenne feu à son tour dans le quartier de Rodrigues. Un bus de la société Kheolis a également subi un caillassage qui a brisé une des vitres latérales du véhicule. L’entreprise, qui assure les transports en commun dans les quartiers les plus touchés par la délinquance à Agen, est régulièrement la cible d’actes d’incivilités. Elle devrait porter plainte ce mardi. Aucun blessé n’est à déplorer.

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À Auch, aux alentours de 22 heures, une dizaine de jeunes ont mis le feu à des conteneurs à poubelle et ont caillassé les forces de l’ordre qui intervenaient. Le calme n’est revenu qu’à minuit avant de reprendre à 2 heures du matin avec le même procédé. Aucun blessé n’est à déplorer non plus. Cette nuit agitée n’a abouti à aucune interpellation.

Des émeutes aux retentissements nationaux

« Les forces de l’ordre ont été prises à partie tout au long de la nuit et ont procédé à 18 interpellations pour des faits de violences, de destruction de bien par incendie et d’outrage« , a déclaré mardi matin le préfet Pascal Mailhos.

Le syndicat Unité SGP-FO a quant à lui réclamé « la plus grande fermeté à l’encontre des auteurs de ces inacceptables agissements et salue la détermination et la maîtrise des effectifs engagés dans cette configuration de maintien de l’ordre, aussi atypique que dangereuse. »

Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a apporté son soutien aux forces de l’ordre, sur son compte Twitter.

La fédération des Républicains 31 a aussi publié un communiqué :

https://www.facebook.com/republicains31/photos/a.271742472867113.63160.198333773541317/1996673480373995/?type=3&theater

Du côté du Front National, Marine Le Pen s’est également exprimé sur ce sujet :

« S'il était avéré que les graves violences de Toulouse sont consécutives au contrôle d'une femme en voile intégral, il…

Publiée par Marine Le Pen sur mardi 17 avril 2018

Mathieu Vergez