Évacuation de Tolbiac : bon débarras !

Évacuation de Tolbiac : bon débarras !

422
PARTAGER
Capture d'écran de l'auto-conférence de l'auto-média de la Commune Libre de Tolbiac.
Vendredi 20 avril, tôt le matin, la faculté de Paris, dite Tolbiac, a été évacuée par les forces de l’ordre. L’occasion de revenir sur l’épopée de la lutte étudiante, les « grandes causes » de l’extrême-gauche.

Nous pourrions parler de la loi ORE, nous pencher plus en détail sur le dossier de la sélection à l’Université, pour avoir un aperçu plus précis concernant le motif de la mobilisation étudiante qui secoue les facs de France depuis quelques mois. Nous pourrions le faire avec grand plaisir. Mais ce serait gaspiller du temps pour rien. L’inconséquence de la lutte étudiante, la radicalité extrême et la violence de ses petits militants antifascistes et anti-flics, et l’entrisme au sein des « Assemblées générales » de causes aussi diverses que farfelues, ont définitivement fait passer l’origine de la mobilisation au second plan. L’agitation de ces petits « professionnels du désordre » a été très efficace pour attirer l’attention, mais au lieu de susciter la solidarité et la « convergence des luttes » tant désirées, ils n’ont su qu’inspirer l’exaspération, la pitié et même, parfois, le dégoût… Alors, ce n’est pas à nous de leur donner une légitimité dont ils ne sauraient prendre soin. Et puis, ça leur fera les pieds, tiens.

Inconséquence de la mobilisation

Les premiers à être exaspérés par ces « révolutionnaires », ce sont sans doute ceux qui auraient dû être leur premier cœur de cible, à savoir les étudiants eux-mêmes. Les étudiants qui ne sont pas tous des idéologues fanatisés à l’extrême-gauche — loin s’en faut — mais qui reproduisent un vieux constat sociologique : une majorité d’entre-eux est dépolitisée, se fout même un peu des batailles politiques. C’est el famoso majorité silencieuse. Une masse d’étudiants pas extrémistes pour un sou, mais qui ont des intérêts politiques, comme tout un chacun. Une masse d’étudiants à convaincre et à rallier. Une masse d’étudiants qui peuvent très bien prendre part à la lutte, mais qui se désolidarisera immédiatement après avoir vu éclore les premières violences, les premiers blocages, les premières entraves au premier de leur droit : celui d’étudier et de disposer de leur fac.

Ces petits génies du militantisme ne sont donc même pas capables d’unir les étudiants à leur cause, en dénote l’impopularité des blocages partout en France. Car, ne leur en déplaise, ces blocages ne sont le fait que d’une minorité d’étudiants, une minorité d’agités, histoire de déconstruire toujours plus le mythe de la « majorité oppressive »… Lorsqu’une consultation sur internet a lieu auprès de tous les étudiants, une écrasante majorité d’étudiants se révèle être opposée aux blocages des universités (à Strasbourg, ce sont 71,88% des étudiants qui ont rejeté le blocage). Les bloqueurs, en général, le savent bien, et à l’université du Mirail (pardon, Jean Jaurès), spécialiste de ce genre d’opération, tout particulièrement. Certains se souviennent encore de la débâcle, lors du blocus de 2014, du vote électronique organisé par Jean-Michel Minovez, qui avait débouté le blocage de l’université par une opposition franche de la très grande majorité des étudiants. Ils savent que le vote électronique est une arme contre eux, une arme impitoyable et à toute épreuve. Les étudiants, dans le confort de leur appartement en location, peuvent ainsi voter à distance, sans se rendre en « AG ». Ces AG que l’on présente comme « démocratiques », mais où les anti-blocages se voient remercier de sifflements et d’intimidations en tout genre. C’est aussi ça, la malédiction de la majorité silencieuse : elle a énormément de mal à s’unir et à faire front, elle n’est pas aussi sûre d’elle-même et dominatrice que les minorités qu’elle a en face d’elle. Et à quoi bon être majoritaire, si on crie moins fort ?

Inconséquence des luttes

Autre sujet d’exaspération, cette fois un peu plus « politisé », j’en conviens… Le contenu de ce qui peut être entendu en AG. En ce sens, la très regrettée « Commune Libre de Tolbiac » était un cas d’école.

Que dire… sinon que cette tentative de communication a fait un retentissant bien que misérable flop ? La vidéo ci-dessus, émise par les bloqueurs de l’Université de Tolbiac eux-mêmes, au lieu de plaider pour leur cause, n’a fait que susciter sarcasmes et moqueries. En témoignent les rires des journalistes relayant l’insolite vidéo, digne d’un bon What the Cut, sur les grandes chaînes nationales, ou encore la création du compte Twitter satyrique du chien, à qui on a attribué un siège de l’auto-conférence à lui tout seul (quand même !)…

Outre le ridicule de ces gens masqués (pour ne pas désigner de porte-parole — aaah, que c’est beau l’égalitarisme), le fond du message est tout aussi risible.

« Nous exigeons la démission de Macron, le retrait de la loi ORE […]« . Sûr qu’Emmanuel Macron va trembler de peur et démissionner après l’injonction de trois étudiants parisiens portant des masques faits mains dans une fac occupée…

« Hier, l’assemblée générale a apporté son soutien au peuple Kurde« . Alors, loin de nous l’envie d’entrer sur le terrain du débat géopolitique, mais… quel rapport entre les étudiants et le peuple Kurde ?!

« Nous soutenons aussi les [cheminots, ndlr], et tous les précaires de cette université qui, nous l’espérons, arriveront à obtenir de meilleurs salaires grâce à notre occupation« . Et bien, parlons-en, des cheminots. Ces derniers doivent être ra-vis de se voir assimilés à ces petits agitateurs masqués, voilà qui est bon pour leur crédibilité! Nul doute que ces travailleurs qui se lèvent tôt, qui défendent leur statut ainsi que leur mission de service public, se joindront avec enthousiasme à la Révolution estudiantine! Ah, les doux rêves de jeunes, avant qu’ils ne se brisent sur la dure réalité de la vie…

« Pourquoi sommes-nous masqués? […] pour pouvoir porter une parole commune« . Ce qui est d’ailleurs assez gonflé de la part de gens qui ne représentent qu’une minorité d’étudiants. Voir plus haut.

« Ici, on bloque la production de savoir institutionnel pour créer nos propres savoirs et pour pouvoir engager un vrai rapport de force avec l’administration, et in fine avec le ministère de l’enseignement supérieur« . Voyons voir, donc, à quoi ressemble une « université alternative », quand des gens qui n’ont jamais vécu (car trop jeunes), ni vraiment appris grand chose (car non-diplômés et à la culture générale douteuse), prennent en main la « création » de leurs « propres savoirs« …

Et pour ceux qui aimeraient se dédouaner en prétextant qu’il s’agit uniquement de Paris 1, nous renvoyons bien évidemment à notre article sur l’organisation ouvertement raciste d’une projection à l’Université Jean Jaurès, à Toulouse. Et histoire d’enfoncer le clou, notre précédent édito sur Danièle Obono et le racisme structurel et rampant à l’extrême-gauche.

Mais après tout, le mâle blanc cis-genre hétérosexuel qui écrit ces lignes ne peut pas comprendre, puisqu’il est structurellement un oppresseur (mince alors)! Et le racisme anti-blanc n’existe pas. La misandrie non plus d’ailleurs. Ou du moins, l’un comme l’autre ne sont pas systémiques, alors ça va, on peut s’en servir pour lutter contre l’oppression (ouf). On peut continuer à opposer les femmes (les gentilles) aux hommes (les méchants), les « racisé.e.s » (les gentils) aux « non-racisé.e.s » (les méchants), tranquillement et sans pression, sans trop se soucier de l’unité nationale (cette idée universaliste rétrograde) et de… la convergence des luttes?

C’est ce qu’a tenté de faire Juliette, une étudiante de Tolbiac (femme donc gentille, mais blanche donc un peu méchante quand même), sur le plateau de David Pujadas, ce vendredi 20 avril face à Robert Ménard (le très, très, méchant).

La purge, ça urge… Mais laissons à d’autres le soin de confronter Juliette à l’inconsistance de ses idées…

La mentalité « Clément Méric »

Vendredi 20 avril, au petit matin, a donc eu lieu l’évacuation de Tolbiac par les forces de l’ordre. Une opération éclair qui aura duré une heure à peine, face à des bloqueurs qui n’ont pas hésité, n’écoutant que leur courage, à escalader les grilles pour prendre la fuite. Au-delà des récits contradictoires, cette évacuation a révélé une certaine disposition des militants bloqueurs à la victimisation, face à des CRS aux méthodes soi-disant fascisantes. Sans doute pour faire oublier la haine anti-flic, allant jusqu’à la tentative de meurtre… La rumeur qui a circulé sur le ou les étudiants blessés de l’interpellation est en soi révélatrice de quelque chose d’assez dégueulasse: les militants auraient adoré avoir un martyr blessé, ou mieux, un petit Clément Méric tout neuf à se mettre sous la dent. Histoire de nourrir une image de gentilles victimes de l’oppression policière, si inique.

https://twitter.com/NTM_FN/status/987322975660773376?ref_src=twsrc%5Etfw

Ce Clément Méric 2.0, ils l’ont cherché partout, mais ne l’ont toujours pas trouvé. Et pendant ce temps, la presse conventionnelle, elle, crie à la fausse nouvelle… Et la préfecture dément « fermement » la rumeur.

La faculté a ainsi pu être rendue à la direction… dans un état déplorable. Tags, distributeurs défoncés, locaux ravagés, les coûts des dégradations sont encore à préciser par des experts, mais s’estiment déjà à des centaines de milliers d’euros. A tel point que le président de l’université, Georges Haddad, compte porter plainte pour « dégradation en réunion ». De la violence, de la drogue et même du sexe, avait-il dit, le mardi précédent… Un joyeux bordel (il n’y a pas d’autre mot), à côté duquel Mai 68 paraît sympa.

En conclusion, puisqu’il n’y a pas eu de blessé grave, et même d’ailleurs pas de blessé tout court, nous pouvons nous permettre – excusez du peu. Puisque l’évacuation s’est bien passée, nous pouvons nous permettre de dire à cette joyeuse chienlit,

– au nom de tous les étudiants qui n’y sont pour rien, qui aimeraient pouvoir étudier tranquillement,

– au nom de tous ceux qui ont subi et subissent encore ces blocages sauvages déniant toute démocratie,

– au nom de tous ceux qui subissent les pressions et la violence de ces « militants » radicaux de l’extrême,

– au nom de tous ces pauvres, de ces précaires, qui eux ne sont ni des « crasseux », ni des « punks à chien »,

– et qui pourraient trouver dans les études un moyen de monter l’échelle sociale, si périlleuse, et même au nom des cheminots, qui méritent — quand même — de bien meilleurs soutiens que ces guignols,

– au nom de tous ceux-là, nous pouvons nous permettre de lui dire, à cette chienlit :

« Bon débarras! »

Mathieu Vergez


Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Infos-Toulouse est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place. N’hésitez pas à nous envoyer vos tribunes.