La « Fête à Macron », le nouveau punching-ball

La « Fête à Macron », le nouveau punching-ball

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Didier Porte, place de l'Opéra à Paris lors de la "Fête à Macron", le 5 mai 2018. Crédit photo : Wikipédia
Ce samedi 5 mai 2018, les rues de Paris étaient investies par la « Fête à Macron », grand rassemblement de la France Insoumise et de la gauche d’opposition. Un événement sans doute aussi culturel que politique dont on se demande inévitablement s’il fait trembler le gouvernement.

La Fête à Macron, c’est d’abord un dispositif de plus de 2000 policiers pour assurer la sécurité d’une grande manifestation pacifiste, populaire et festive. Nul besoin, bien entendu, de crier à la « répression policière » (nous valons mieux que ça), mais un tel déploiement trahit sans nul doute la crainte de voir se répéter les événements du 1er mai dernier. En effet, le mardi précédent, jour emblématique de la fête des travailleurs, la France a (re)découvert les Black Blocs, ces troupes d’extrême-gauche adeptes de la violence et du défonçage de vitrines. Des petits nervis tout de noir cagoulés qui se réclament de l’antifascisme (sans fascisme) et de l’anticapitalisme (en pétant un McDo), dont l’interpellation a permis de mettre à jour le profil: un diplômé de l’École Centrale, consultant salarié à 4200 euros mensuels, un fils de chercheur au CNRS, une fille de directeur financier… Tout sauf du prolétaire, que du bon petit bourgeois ! Des comptes à régler avec leurs papas, les Black Blocs ? Une crise d’adolescence œdipo-existentielle qui déborderait sur le champ politique ? Mais ne nous égarons pas trop dans les considérations psychanalytiques…

Il n’empêche que les Black Blocs n’étaient (quasiment) pas au rendez-vous de la Fête à Macron, et c’est tant mieux. À la place, on a eu ce que François Ruffin nous avait promis : une fête. Une manifestation qui assume son côté festif jusqu’au bout, jusqu’à abandonner l’austère formule de la « convergence des luttes » pour un plus sympathique « pot-au-feu » des contestations : « L’idée, c’est que chacun ramène son navet de revendication, sa carotte de mot d’ordre et on met tout en commun! », expliquait Ruffin. Un coup de com’ gourmet qui a su, à en croire la fréquentation, séduire tous ceux qui veulent que les choses changent, sans pour autant aller à la bagarre ; ce qui constitue, en soi, la grande majorité de la société civile, à des années lumière des casseurs type Black Bloc, justement. Au risque, tout de même, d’entamer la crédibilité du mouvement. Car que retenir de ce joyeux bordel, si ce n’est une fête de village géante dans les rues de Paris, à l’honneur de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, son leader charismatique? Pas grand chose. Macron dort toujours sur ses deux oreilles.

Certes, La France Insoumise de Mélenchon s’assoit un peu plus confortablement dans le siège de l’opposant n°1 à Emmanuel Macron, profitant très largement de l’absence du Front National sur ce terrain, qui malgré son (futur) nouveau patronyme, peine tant à rassembler.

Seul couac de cette vaste opération: l’attaque d’une voiture appartenant à Radio France. Une info qui a aussitôt fait de scandaliser le pas-très-mélenchoniste Jean-Michel Aphatie…

Et il fût loin d’être le seul à regarder la fête avec dédain.

Une fête de village diabolisée?

Malgré le caractère fort sympathique, voire inoffensif d’une telle manifestation, politiques et médias à leur botte semblent en tirer un portrait inversement proportionnel à son caractère festif.

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Il faut être un tant soit peu honnête, même si, en tant que patriote, on passe notre temps à relever les exemples où la grande presse d’état n’est pas tendre avec notre camp politique. Il faut bien reconnaître que, surtout depuis ses respectables 19,58% aux dernières élections présidentielles, Jean-Luc Mélenchon se fait mal aimer des grands médias, et est devenu une sorte de punching-ball n°2 de certains médiacrates (le n°1 étant toujours le Front National). Parlez-lui du Venezuela, vous allez comprendre.

La Fête à Macron, c’est aussi une occasion de lui chercher des poux dans la tête. L’exemple le plus significatif de cette tendance, étant la leçon de grammaire de l’inénarrable Marlène Schiappa, la très féministe secrétaire d’état, qui s’est crue assez maligne pour relever une erreur de préposition dans le titre… en oubliant au passage un accent circonflexe.

Mépris des classes populaires ? Un peu démago, Marlène ? Une remarque néanmoins partagée par quelques personnalités pas franchement des « classes populaires », qui adoreraient voir dans le mouvement de Mélenchon une sorte d’appel à marcher sur l’Elysée dans la violence, le couteau dans la bouche…

Nos élites sont décidément bien effarouchées, dès lors que l’on semble vouloir écorner l’image de Jupiter 1er. Sont-elles sourdes aux dernières revendications sociales, aux dernières levées de boucliers de la part des cheminots, des EHPAD, des retraités, face aux réformes signées « Macron » ? Ne voient-elles pas la vague de mécontentement qui traverse la société civile ? Non, visiblement, comme dit le proverbe chinois, « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt« … Ou peut-être que le projet de « faire sa fête à Macron » les touche au plus profond de leur cœur, qui sait, après tout, la plupart semblent aimer le président d’amour, comme Bruno Roger-Petit qui le voit comme un dieu, ou Bertrand Delais, réalisateur du documentaire sur la première année du président à l’Elysée, décrié comme relevant du « culte de la personnalité »

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Bonus : pour se rendre compte à quel point cette manifestation a été vue d’un mauvais œil, rien de tel qu’une petite accusation d’antisémitisme. Vous ne voyez sans doute pas le rapport, mais Times of Israel le voit:

Le coup d’état… de la chapelle de l’opposition

Cette manifestation en elle-même, irréprochable et globalement pacifique, fait que La France Insoumise occupe un terrain que la droite nationale ne veut ou ne peut pas prendre. La frilosité affichée par les membres du gouvernement et les tenants du système ne font qu’asseoir Jean-Luc Mélenchon un peu plus dans le rôle de l’opposant n°1. Un rôle qui devrait revenir de droit à Marine Le Pen, après tout, c’est elle qui s’est retrouvée au second tour… Mais on ne milite pas qu’avec des tweets, hélas. Après tout, c’est la presse qui décide qui existe dans l’arène politique.

Le Front National renie jusqu’à son nom, pour se dédiaboliser… Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon se fait de plus en plus détester et c’est tant mieux pour lui: il existe politiquement, il prend même toute la place. Il sait qu’il pourra profiter de cette diabolisation pour pousser quelques gueulantes dont il a le secret, et qui le feront encore monter dans les sondages. Après tout, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » se disent certains.

Au-delà de ses qualités de tribun et son professionnalisme, la question demeure: Mélenchon est-il seulement légitime dans ce rôle ?

Mathieu Vergez.


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