Plan banlieues : la mairie de Toulouse se dit « satisfaite »

Plan banlieues : la mairie de Toulouse se dit « satisfaite »

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banlieues empalot
18 rue de Menton, quartier Empalot, Toulouse. Crédit : Google View
Jean-Luc Moudenc et la mairie de Toulouse se sont déclarés « satisfaits » que le Président de la République reprenne à son compte des points du plan Borloo pour les banlieues. Cependant, tous les acteurs politiques, au niveau national, ne semblent pas partager cette satisfaction.

Le 26 avril dernier, l’ancien ministre de la ville Jean-Louis Borloo remettait son « plan banlieues » au Premier Ministre Edouard Philippe, destiné à faire « revenir la République dans les quartiers ». Parmi les propositions présentes dans ce plan, le relancement de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), le triplage de la préscolarisation à 2 ans en REP+, la création d’une « Cour d’équité territoriale », un fond exceptionnel de 100 millions d’euros pour la sécurité affecté aux 60 villes les plus en difficulté… Un investissement qui se chiffrerait au total à 48 milliards d’euros pour les banlieues en difficulté sociale.

Quasiment un mois plus tard, mardi 22 mai, Emmanuel Macron a poliment rejeté le plan Borloo, en annonçant qu’il ne proposerait pas de « plan banlieues », mais une « nouvelle méthode« . Devant 600 habitants et acteurs de terrain réunis à l’Elysée, ce dernier a par ailleurs ironisé sur les « deux mâles blancs qui s’échangent un rapport », une phrase qui a suscité l’indignation de plusieurs élus.

En lieu et place du plan Borloo, Emmanuel Macron a appelé à « changer de méthode » pour sortir les habitants des quartiers défavorisés de l' »assignation à résidence ». Il a en outre émis plusieurs propositions, dont certaines s’inspirent tout de même du plan Borloo. Parmi elles, la mise en place de « tests » soumis aux 120 plus grandes entreprises françaises pour détecter la discrimination à l’embauche, la création de 30 000 stages de troisième proposés par les entreprises et l’État, et un plan de lutte contre le trafic de drogue (qui serait finalisé d’ici juillet). Le Président a repris à son compte l’idée d’instaurer une « instance de recours » sur l’équité territoriale, qui devrait voir le jour en juillet. Il a également validé le Pacte de Dijon, présenté le 6 avril dernier par Jean-Louis Borloo, signé par 75 présidents d’intercommunalités, et qui prône le renforcement de la cohésion urbaine et sociale par la mobilisation de tous les acteurs publics et privés à l’échelle des agglomérations.

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La Mairie de Toulouse s’est déclarée « satisfaite » des déclarations d’Emmanuel Macron, notamment quant à la validation du Pacte de Dijon. Le Président de la République avait notamment cité le quartier du Mirail pour le prendre en exemple: « Le Mirail on ne le règle qu’au niveau de Toulouse et de la métropole, on ne le règle pas au niveau du quartier« . Pourtant, la satisfaction ne semble pas universellement partagée quant à ces dernières déclarations sur les banlieues.

Des réactions mitigées

Les déclarations du Président de la République ont été reçues par certains commentateurs comme une version très édulcorée du plan Borloo. La chroniqueuse de RTL, Alba Ventura, analyse ces déclarations comme la volonté présidentielle de ne pas mettre un euro de plus dans un énième plan banlieues. En effet, le plan Borloo allait être très coûteux, et l’argent dépensé pour les banlieues l’est souvent à perte. La chroniqueuse a fustigé les « mesures gadget » proposé par Emmanuel Macron, comme la création d’un site Internet permettant aux citoyens de dire ce qui ne marche pas. Ces mesures, selon la chroniqueuse, ne « relèvent pas de la mesure d’urgence » que l’on pourrait légitimement attendre d’une posture présidentielle. « Il est pour l’Etat facilitateur. Encore une fois, ça l’arrange bien: l’Etat facilitateur, ce n’est pas l’Etat payeur« , a-t-elle fustigé.

Que l’Etat refuse de subventionner encore plus les banlieues, c’est au contraire une mesure qui a grandement réjouit le boxeur Patrice Quarteron, lui-même originaire d’un quartier populaire. Ce dernier, connu pour sa sensibilité patriote, s’est fendu d’une tribune au vitriol dans les colonnes de Valeurs Actuelles, partagée ensuite sur sa page Facebook. « Le gouvernement a dit non. Non, on ne donnera pas des millions pour apprendre à des jeunes défavorisés à faire de la peinture sur toile ou des graffitis. Non, on ne jettera pas l’argent pour des points de détails qui ne changent rien au niveau global. Et c’est tant mieux. […] Pour les maires, ces subventions c’était le business de la misère« , peut-on notamment y lire.

Un de ces « pompiers pyromanes » qui « pleurent » et qui « supplient » pourrait bien être Laurent Russier, maire PCF de Saint-Denis, qui s’est targué d’un entretien dans l’Express pour y exprimer sa déception de l’enterrement du plan Borloo. « J’ai envie de dire au gouvernement: faites-nous confiance! A nous les élus, aux associations, à tous ceux qui connaissent vraiment ces territoires » a-t-il déclaré.

« Depuis des années, l’Etat subventionne des villes déshéritées. Et ça a donné quoi? Une belle progression. D’abord, des incendies de voitures. Puis des flics caillassés. Puis, des émeutes. Puis, des djihadistes« , lui aurait sans doute répondu Patrice Quarteron…

Le discours n’a en outre pas convaincus l’opposition. Le député insoumis Ugo Bernalicis ironise sur la « miséricorde » accordée par Emmanuel Macron aux banlieues.

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, dénonce les propos sur les « mâles blancs »…

Marine Le Pen contre-attaque

Alors que les opposants de gauche dénoncent un plan insuffisant, et que les opposants de droite s’étrillent sur l’évocation des « mâles blancs », vocabulaire néo-puritain rappelant celui des Indigènes de la République, Marine Le Pen déboule quant à elle son propre plan pour la banlieue.

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Le lendemain du discours d’Emmanuel Macron, la présidente du Front National et députée du Pas-de-Calais a présenté un plan à contre-courant total du plan Borloo qu’elle a qualifié de « braquage des fonds publics et privés ». Ses propositions reprennent les grandes lignes de son programme: priorité aux Français pour l’accès au logement, contrôle des titres de séjour des occupants de HLM et expulsion des parents de mineurs étrangers délinquants. Elle a également prôné la tolérance zéro de la politique pénale, l’instauration de l’uniforme à l’école et l’interdiction des prières de rue.

Son plan n’étant pas chiffré, elle a souligné que les mesures qui y sont décrites étaient pensées comme une « réorientation des moyens » déjà attribués aux banlieues. Elle n’a pas manqué de tacler sa Némésis, Emmanuel Macron, en précisant que son plan avait été élaboré avec le concours de spécialistes « dont, c’est vrai, quelques « mâles blancs » ».

Mathieu Vergez