29 mai 1242 : les onze martyrs d’Avignonet

29 mai 1242 : les onze martyrs d’Avignonet

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Avignonet
Commune d'Avignonet-Lauragais, célèbre pour ses onze martyrs brûlés en 1242. Crédits photo : Wikipedia
En 1242, dans la nuit du 28 au 29 mai, onze inquisiteurs sont massacrés dans une embuscade tendue par des conspirateurs cathares. Ils seront reconnus martyrs par l’Église au XIVe siècle, et béatifiés le 6 septembre 1866 par le pape Pie IX.

La croisade des Albigeois a muté en guerre de conquête, au bénéfice de la couronne de France. L’hérésie cathare est alors encore combattue dans la région du Languedoc par les tribunaux de l’Inquisition, qui prennent la place des évêques en 1233.

La région est alors encore gangrenée par le catharisme. Les faydits, ces chevaliers et seigneurs dépossédés de leurs biens lors de la croisade, se retrouvent au Château de Montségur. Parmi eux, se trouve Pierre-Roger de Mirepoix, dépossédé de ses terres depuis le Traité de Paris de 1229, date à laquelle il devint un des faydits les plus actifs.

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Le 28 mai 1242, le tribunal de l’Inquisition, dirigé par frère Guillaume Arnaud, et assisté du franciscain Etienne de Thibéry, s’installe dans le Lauragais, à Avignonet. Ils forment une troupe de onze personnes, dont deux dominicains, un représentant épiscopal, et le chanoine de Saint-Etienne de Toulouse, Raimond de Costiran. Ils voyageaient ainsi sans escorte, de ville en ville.

Raymond VII, comte de Toulouse, complote à cette époque contre le roi Louis IX et Alphonse de Poitiers, le frère du roi et son gendre, dans une coalition réunissant Henri III le roi d’Angleterre, Roger IV le comte de Foix et quelques seigneurs poitevins. Ce dernier avait été excommunié à l’occasion du Traité de Paris de 1229. Il souhaite gagner la sympathie des chevaliers cathares du château de Montségur, car il sait l’impopularité de l’Inquisition.

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C’est ainsi que le fils de sa demi-sœur Guillemette, Raymond d’Alfaro, son bayle, qui dirige l’Avignonet, livrera le château où se trouvent les inquisiteurs aux cathares… Ces derniers sont commandés par Pierre-Roger de Mirepoix, qui aurait demandé à ce qu’on lui rapporte la tête de Guillaume Arnaud, pour s’en faire une coupe.

Une nuit sanglante

Dans la nuit du 28 au 29 mai, une troupe de conspirateurs cathares s’introduisent dans la ville d’Avignonet, avec la ferme intention de venger les hérétiques morts sur le bûcher. Raymond d’Alfaro veille aux portes de la citadelle et les laisse entrer.

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Les conspirateurs se glissent dans les couloirs jusqu’à la chambre où sommeillent les onze inquisiteurs. Ces derniers sont réveillés par les coups de hache qui défoncent leur porte. Sans chercher à s’enfuir, tous s’agenouillent et entament le Salve Regina. Ils moururent, massacrés, en chantant le Te Deum. Les conspirateurs pillent leurs corps avant de s’en retourner au château de Montségur, sans la tête de Guillaume Arnaud, qui aurait été brisée d’un coup de hache.

Le château de Montségur sera assiégé l’année suivante, au mois de mai, par Hugues des Arcis. Le siège durera jusqu’en mars 1244, où deux cents de ses occupants cathares furent brûlés. Pierre-Roger de Mirepoix échappa au bûcher en abjurant sa foi cathare avant de disparaître définitivement dans la nature, si bien que la date de son décès reste encore inconnue…

Des martyrs canonisés

Les onze inquisiteurs sauvagement assassinés ont été déclarés martyrs au XIVe siècle, puis canonisés le 6 septembre 1866 par le pape Pie IX. La Saint-Aymar a été placée au 29 mai, du nom d’un des inquisiteurs tué ce soir là.

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Mathieu Vergez