L’Italie, cet étrange laboratoire politique

L’Italie, cet étrange laboratoire politique

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Voilà bientôt deux mois que les élections générales italiennes se sont tenues, et ont porté en tête les deux principaux partis populistes. Pourtant, deux mois plus tard, l’avenir de l’Italie est toujours incertain. Deux mois plus tard, l’Italie est devenu un véritable laboratoire politique, sur fond de guerre entre européistes et eurosceptiques…

Le vent tourne sur cette chère vieille Europe, tout le monde le sent depuis la victoire du Brexit en juin 2016, et depuis l’élection de Donald Trump cette même année. Depuis, la classe dominante, le « Système » euro-mondialiste tremble à chaque scrutin qui pourrait voir gagner les « populistes », qu’il aime qualifier d' »extrême-droite », parce qu’extrême à ses yeux. En France, le front républicain marche encore, donc le Système l’a échappée belle en 2017… Mais pour combien de temps ? Le vent nouveau du populisme a soufflé sur l’Italie, le 4 mars dernier, à l’issue des élections générales italiennes, ou les populistes de droite de la Ligue du Nord, et les populistes de gauche du Mouvement 5 Etoiles se sont retrouvés en tête du scrutin.

La colère des Italiens face à l’immigration

L’Italie fait face à la Méditerranée, elle en est une presqu’île. Si bien qu’une grande partie des migrants qui débarquent sur le vieux continent, posent d’abord le pied en Italie. Une situation qui ne manque pas d’augmenter l’insécurité, partout où ces déracinés s’installent.

Mais le 30 janvier, une jeune Romaine de 18 ans, Pamela Mastropietro, est sauvagement assassinée et démembrée par des migrants nigériens dealeurs de drogue. Les parties manquantes de son corps laissent à penser qu’il pourrait s’agir d’un rituel incluant du cannibalisme. Les réactions de l’opinion italienne ne se font pas attendre. Dans un pays déjà frappé de plein fouet par la crise migratoire, c’est le fait-divers de trop. L’émotion est si forte que Luca Traini, jeune nationaliste de 29 ans, décide dans un accès de rage de prendre le volant de son Alfa Romeo 147 et d’aller tirer sur des migrants africains à Macerata, en représailles. La presse a beau être Charlie, prévenir contre la haine, le racisme et la xénophobie, il est déjà trop tard. L’opinion italienne préfère se ranger derrière les propos de la mère endeuillée de Pamela, quand elle dit qu' »Oseghale [l’assassin, ndlr] ne devait pas être en Italie« .

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Sur fond de crise migratoire retentissante, les Italiens donnent donc leur verdict: 37% pour la coalition de droite (initiée par Silvio Berlusconi et son parti Forza Italia), qui voit arriver en tête la Ligue de Matteo Salvini (allié de Marine Le Pen en Europe), et 31% pour le Mouvement 5 Etoiles de Luigi di Maio. Soit deux partis foncièrement eurosceptiques. Un choc pour toute l’Europe de Maastricht, qui tremble… et qui pleure de ne bientôt plus pouvoir imposer son quota de migrants contre l’avis des peuples européens.

Un choc aussi pour l’Italie, puisque aucun des partis n’a réussi à obtenir la majorité absolue, risquant de rendre le pays ingouvernable. A moins que les deux partis, malgré tout opposés sur de nombreux points, n’arrivent à s’entendre…

Une entente impossible ?

Pour que ce vote porte ses fruits, il faut en effet, à défaut de majorité claire, que les deux partis eurosceptiques s’entendent. Ce qui n’était pas chose aisée en ce début de mois de mars, puisque ces derniers avaient clairement annoncés leur refus de s’allier l’un à l’autre. Le Mouvement 5 Etoiles prévoyait d’avantage de s’unir au centre-gauche, mais sans Matteo Renzi (une sorte de Macron italien, libéral, européiste, mais « de gauche »). Dans ce cas, c’est au Président de la République, en l’occurrence Sergio Mattarella de trancher et de désigner un représentant pouvant former une majorité à l’Assemblée et au Sénat.

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Sergio Mattarella s’est d’abord exprimé en faveur d’un gouvernement « neutre » en attendant de nouvelles élections en 2019. Comprenez: un gouvernement technique euromondialiste pour assurer les accords de réformes pris avec Bruxelles. Et là, coup de tonnerre: Silvio Berlusconi, le chef de file cocu de la coalition de centre-droit, allié de la Ligue de Matteo Salvini, donne son feu vert le 9 mai à une alliance entre la Ligue son allié et le M5S son adversaire. Berlusconi représentait le seul obstacle à leur alliance, et le voici qui recule, rendant ainsi possible l’élaboration d’un programme commun et la désignation d’un chef faisant consensus!

Une entente malgré tout!

Au fil du mois de mai, les deux partis populistes se rapprochent et trouvent tour à tour des compromis sur leurs programmes respectifs. Outre les points d’accords déjà existants sur l’immigration, les retraites, la sécurité, les familles, la politique étrangère et l’Europe, des compromis ont été trouvés sur les mesures divergentes: compromis notamment sur le revenu citoyen proposé par le M5S, compromis également sur l’impôt unique (« flat tax ») avancé par la Ligue…

Leur programme commun mentionnait même une mesure pour le moins surprenante: l’interdiction de gouvernement… aux francs-maçons! Une mesure qui a bien sûr fait réagir le Grand Orient d’Italie, qui a dénoncé une décision rappelant « les lois fascistes ».

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Le 22 mai, la Ligue et le M5S rendent public leur programme commun, et le cauchemar de Bruxelles prend alors une forme bien concrète. Dans ce programme, le désormais gouvernement italien demanderait à l’UE d’effacer la dette publique de l’Italie, s’élevant à 250 milliards d’euros, faute de quoi l’Italie sortirait de la zone euro et retournerait à la lire, sa monnaie nationale. Des déclarations que les marchés ont pris très au sérieux…

Deux jours plus tard, le 24 mai, c’est Giuseppe Conte qui est désigné par la coalition pour endosser le costume de Premier Ministre. Giuseppe Conte serait d’ailleurs proche du Vatican et disciple de Padre Pio. S’en est suivi une courte période de désaveu du nouveau Premier Ministre par les médias de la finance (à commencer par les titres américains New York Times et Financial Times), qui accusaient son inexpérience autant que son populisme.

Le coup d’État de Sergio Mattarella

Mais Giuseppe Conte s’est vite heurté à l’intransigeance du président Mattarella. Ce dernier a refusé de valider la nomination de Paolo Savona, eurosceptique de 81 ans, au poste de ministre des Finances. Comprenez: il n’est pas question de sortir de la zone euro. Devant l’impossibilité de faire valoir ou d’imposer sa liste de ministrables, Giuseppe Conte décide de démissionner, le 27 mai.

Mattarella charge alors Carlo Cottarella, ancien du Fond Monétaire International (FMI), ancien ministre de l’industrie et ancien président de Cofindustria (le MEDEF italien) de former un gouvernement technique.

Les raisons purement idéologiques de ce veto à l’encontre du gouvernement Conte, et la nomination à contre-courant du vote italien de Carlo Cottarella à la tête du gouvernement a été accusé par le M5S comme relevant de l’abus de pouvoir. En effet, si la Constitution italienne prévoit que le chef de l’Etat puisse choisir le chef du gouvernement, les commentaires de cette Constitution par ses rédacteurs, notamment Constantino Morati, précisent que le choix des ministres doit être contraignantes par principe au chef de l’Etat. Un refus de nomination ne pourrait se concevoir qu’en cas de condamnations criminelles ou de conflits d’intérêts… Ce qui n’était pas le cas pour Paolo Savona!

Nous sommes donc dans la plus pure démonstration du mépris envers les électeurs, ainsi que de l’antagonisme « mortel » entre l’ordre libéral et l’ordre démocratique, comme le souligne Jacques Sapir dans une tribune du 28 mai. Le gouvernement de Cottarella n’aura donc pas la majorité au Parlement, il ne sera donc que « technique », se contentera seulement d’expédier les affaires courantes des réformes bruxelloises, en attendant de nouvelles élections. Comprenez: le peuple a mal voté!

Ce que l’on peut en retenir

Ce n’est pas la première fois que l’Union Européenne est à l’origine d’un tel déni de démocratie. Nous avions déjà eu l’exemple édifiant de Tsipras, en Grèce. En France, il s’agit de notre dernier référendum en date, celui de 2005 sur la Constitution Européenne, que Nicolas Sarkozy a ensuite méprisé avec le traité de Lisbonne.

Le projet européen se fera sans les peuples d’Europe, et ces derniers s’en rendent de plus en plus compte. Une telle attitude de la part des technocrates européistes forcera sans doute, à l’avenir, les populistes d’Italie et d’ailleurs, à la rupture. Et une rupture ne se fait jamais en douceur.

Car l’exemple italien est bien une preuve, une de plus, qu’il est bien aventureux de penser que l’Union Européenne se laissera réformer de l’intérieur, ou qu’il est possible de lui opposer le souverainisme dans une politique du bras de fer avec elle.

Ne jamais sous-estimer la hargne d’une bête qui agonise.

Mathieu Vergez


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