Boisson Divine, le groupe de rock traditionnel qui monte

Boisson Divine, le groupe de rock traditionnel qui monte

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Boisson Divine
Concert de Boisson Divine au Japon, en janvier 2018. © Boisson Divine
En ce 21 juin, jour de la fête de la musique, Infos-Toulouse vous propose nos meilleurs articles sur cet art immortel. 

Sur le devant de la scène depuis qu’ils ont sorti leur deuxième album en 2016, Boisson Divine se fait un nom dans le milieu rock-metal. Avec un penchant traditionnel, ils font rayonner la Gascogne jusqu’au Japon, en janvier 2017. Alternant les chansons dans la langue régionale et en Français, rencontre avec le chanteur et guitariste du groupe : Baptiste Labenne.

Baptiste Labenne, vous êtes le chanteur/guitariste de Boisson Divine, pouvez vous vous présenter et présenter votre groupe ? 
Boisson Divine est un de groupe de rock metal gascon né en 2005 de la rencontre entre Adrian Gilles (batterie, choeurs) et moi-même. Nous nous sommes retrouvés dans la même classe au collège de Riscle en 4ème. Nous nous sommes vite rendu compte que nous avions des affinités musicales, identitaires et rugbystiques. Nous avons donc commencé à jouer ensemble quelques reprises de Heavy Metal et très vite composé nos propres chansons. Inconsciemment, nous nous sommes orientés vers des thèmes que nous connaissions, qui rythmaient et rythment toujours notre vie quotidienne : vin, rugby, fêtes de village, armagnac, histoire locale, mythologie pyrénéenne, contes et légendes. Nous chantions au tout début en Français car il faut savoir que le langage Gascon — s’il est toujours vivant — n’est plus très usité dans notre coin. Nous ne le connaissions que très peu, bien qu’il soit partout dans les nom de rues, de familles, de villages, dans l’accent, certaines expressions et sur les lèvres des anciens. Nous avons plus tard fait le choix de ne plus chanter qu’en Gascon. C’était la suite logique de notre démarche, cela nous faisait tout simplement plaisir de le faire résonner sur des sons plus modernes et nous avons réalisé que sa mélodicité s’adaptait parfaitement à notre style de musique.

Un beau jour nous avons réalisé que nous avions assez de compositions pour pouvoir sortir un album entier. Cela a pris un certain temps (auquel il faut ajouter le quart-d’heure gascon) mais nous avons fini par y arriver à seulement deux musiciens. « ENRADIGATS » est sorti en 2013. Contre toute attente (et surtout la notre) nous avons reçu de superbes chroniques de la part de la presse spécialisée metal ou non. On nous a donc sollicité pour des concerts, mais n’étant toujours que deux — et l’album contenant de multiples instruments : boha (cornemuse landaise), flabuta (flûte à trois trous locale), mandoline, basse et de nombreuses voix chantées, héritage de la polyphonie pyrénéenne – nous avons du décliner un paquet de propositions. À moment donné (pour paraphraser Voltaire) on a eu marre de dire non et on s’est mis en quête de musiciens pour pouvoir jouer notre disque sur scène. Nous avons alors recruté 4 autres musiciens : Luca (Guitare), Ayla (Flabuta, tambourin à corde, chant) Pierre (Boha, accordéon, chant) et Florent (basse). La machine était alors lancée. Depuis nous avons sorti un autre album (VOLENTAT, 2016) et avons donné une quarantaine de concerts en Gascogne mais aussi en France et au Japon.

« Nous avions cette identité du pays en nous »

Pourquoi avoir décidé de mettre en avant votre identité Gasconne ?
Cela nous paraissait naturel, dans la continuité de ce que nous faisions, de ce que nous étions. Nous n’avons pas eu de prise de conscience brutale. Nous avions cette identité du pays en nous, qui se transmet inconsciemment de génération en génération et sans doute que cette langue qui sommeillait dans un coin de notre tête ne demandait qu’à être réveillée. Tout s’est fait progressivement et en grandissant nous avons naturellement cherché à approfondir les choses en nous intéressant plus en détail à l’histoire de notre région, nos particularismes culturels…

Ce n’est que plus tardivement, au sortir de l’adolescence que nous avons réalisé que notre démarche n’était finalement pas très commune. Nous avons pris conscience que la culture gasconne était fragile, en net recul et qu’il nous fallait continuer dans cette voie, apporter notre modeste pierre à l’édifice afin qu’elle puisse continuer d’exister. C’est aussi notre moyen à nous de faire un joli doigt d’honneur à la globalisation culturelle mondiale.

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Je tiens à souligner que nous venons d’un petit village rural (1700 habitants) du Gers. Même si la langue est souffrante, la culture est partout, dans la gastronomie, dans la viticulture qui occupe une part importante, les noms des gens..etc. Beaucoup de jeunes de notre génération n’en ont pas conscience mais ils sont l’incarnation parfaite du Gascon de par leur façon d’être, de parler, d’agir.

L’influence pagan se ressent dans votre esthétique, vous considérez vous personnellement comme « païen »?
Personnellement, le terme « païen » ne me parle pas trop. Je le trouve même assez péjoratif puisqu’il désigne « tout ce qui n’est pas chrétien » sans distinction, un peu comme le terme « barbare » qui désigne « tout ce qui n’est pas romain » sans distinction ou le terme « patois » qui désigne « tout ce qui n’est pas du Français » sans distinction.
Cependant, je dois admettre que — et même sans forcément y croire — que je suis bien plus attiré par la religion ancestrale polythéiste pyrénéenne que par l’hypothèse du dieu unique, tout puissant. Les valeurs, l’esprit et la spiritualité que cela renvoie m’inspirent bien plus qu’un type qui quand il en prend une, tend l’autre joue. Le Christ n’aurait jamais pu jouer au rugby, c’est certain

Pour ce qui est du courant « pagan » dans le milieu métal je trouve qu’il est devenu assez superficiel, du à un effet de mode ces dernières années. Une poignée de groupes fournissent un travail intéressant et de qualité en s’intéressant vraiment à leur culture, leur langage endémique et leurs instruments locaux. Les autres — qui sont malheureusement majoritaires — se contentent de mettre des peaux de bêtes, trois flûtiaux, de s’inventer une poignée d’ancêtres celtes ou vikings et comble de tout, de chanter en Anglais sans être anglo-saxon. Tout ça pour aller boire un starbucks en jean slim dans leur mégalopole une fois démaquillés en sortant de scène.
Avec tout le respect que je dois aux grands auteurs de fantasy, il faut admettre que bien malgré eux, c’est sacrément parti en couilles ces derniers temps.

Vous mélangez deux registres particuliers, quel est le profil de votre public ? 
Très hétérogène et c’est peu dire. Notre côté traditionnel gascon, nous permet de jouer devant un public averti qui connaît la langue, les chants les danses. Notre côté festif nous amène à jouer dans des fêtes de villages et des manifestations agricole devant un public de novices, pas musiciens pour un sou mais qui réagit toujours favorablement de par son inconscient gascon, ce fond culturel que je mentionnais plus haut. Et enfin, bien sûr, le public metal qui bouge beaucoup et se manifeste bruyamment. Le mieux étant d’avoir les trois en même temps, les tradeux invitant tout le monde à la danse, les metalleux initiant les autres aux joies du wall of death et les novices se convertissant.

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Vous êtes allé au Japon en début d’année pour un festival, c’est la première fois que vous êtes invité dans un si gros événement à l’international. Pouvez-vous nous raconter comment cela s’est passé ?
Eh bien c’était au delà de toutes nos espérances. Un accueil très chaleureux de la part du public et des gens en général. Beaucoup de respect, de pudeur, d’intelligence et d’ingéniosité dans la vie de tous les jours. Les Japonnais sont un grand peuple, dévoué, très méticuleux et organisé, c’était un honneur pour nous de pouvoir les côtoyer. Ils nous ont offerts beaucoup de cadeaux et nous ont traités comme si on était des types connus, ce qui n’est certainement pas le cas. Sans avoir joué la moindre note, on était déjà à signer des autographes et faire plein de photos. Le public était très réceptif et à la fin des concerts on nous couvrait de louanges. On en méritait pas tant je crois.

Bataille de Toulouse

On en retient que du positif et pour tout dire quand on est rentrés à la maison on s’est demandé si tout cela avait bien eu lieu, si ce n’était pas notre imagination qui nous avait joué des tours. Mais non, on l’a bien fait et une fois qu’on l’a réalisé, cela a entraîné une semi-dépression post-nippone. Faut dire que quand tu atterris à Paris, ça calme de suite. Le premier truc qu’on a vu c’est Jean-Traoré qui gruge le RER sans ticket alors qu’à Tokyo il n’y a même pas de barrière dans le métro, sans que personne ne pense une seule seconde à frauder. J’espère qu’on aura l’occasion d’y retourner un jour. En tout cas pour avoir échangé avec le public après les concerts, la demande est bien là et de notre côté l’envie aussi.

Un troisième album de Boisson Divine en 2019

Quels sont vos projets pour 2018 ?
On va jouer prochainement au Cernunnos Festival à Paris. Un gros rendez-vous bien connu des amateurs de « pagan-metal » si on peut dire. Il nous tarde d’y être, ça promet de grand moment. En mars, ce sera Hestiv’oc de nèu à Gourette. Ensuite on va se calmer niveau concert et commencer à enregistrer notre troisième album dont la composition est achevée depuis un bon moment. Cela va nous prendre un certain temps puisque nous ne sommes pas des musiciens à temps plein. Pour ma part, j’ai de gros projets viticoles en 2018, avec notamment, la sortie de ma première cuvée 100% Tannat en mars et le début des procédures de reprise de la propriété viticole familiale. L’album ne sortira pas avant la mi-2019, je crois, désolé.