La mort de Simon de Montfort ou le déclin de la Croisade...

La mort de Simon de Montfort ou le déclin de la Croisade des Barons

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Simon de Montfort
Plaque de commémoration de la mort de Simon de Montfort à Toulouse. ©Wikipedia
25 juin 1218. Un homme s’élance vers son frère blessé. Arrivé auprès de ce dernier, c’est à son tour de s’effondrer, touché par un boulet aux pieds des remparts de Toulouse : Simon de Montfort est mort. Dans la ville assiégée, la joie éclate.

Qui est cet homme dont la mort provoque une telle liesse, faisant retentir en ville « […] les cors et les trompes et la joie collective / carillons et sonnailles, sonneries des cloches, / tambours et tambourins et hautbois menuisés […] » ? (Chanson de la croisade contre les albigeois, Laisse 205). Nul autre que le comte Simon de Montfort, à la tête de la croisade qui dévaste le pays d’Oc depuis 1209.

En effet, le Pape a lancé en 1208 un appel à la croisade contre l’hérésie cathare et les seigneurs du Languedoc qui la laissent prospérer. Le roi de France, occupé sur d’autres fronts, refuse d’y participer. Mais ses barons, eux, acceptent. La croisade est tout d’abord dirigée par l’abbé de Cîteaux, Arnaut Amaury. Les croisés partent en 1209 et arrivent en juillet devant Béziers qu’ils assiègent avec succès. S’ensuit le célèbre massacre de Béziers qui verra une partie de sa population tuée par les croisés, ou plutôt les mercenaires à leur service, dans l’église après y avoir cherché refuge.

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Les différentes places fortes que les croisés atteignent ensuite, au fur et à mesure de leur avancée vers Carcassonne, se rendent  sans résister, tant le siège de Béziers a marqué les esprits.

Carcassonne résiste

Mais Carcassonne, elle, ne se rend pas. La ville est donc assiégée durant le mois d’août 1208. Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne, négocie sa reddition en échange de la survie des habitants. Il est emprisonné dans son propre château, dans lequel il meurt quelques mois plus tard. Son fief est proposé aux différents barons de la croisade qui refusent. Seul Simon de Montfort, sur pression ecclésiastique, accepte ces terres et devient vicomte de Béziers et de Carcassonne. C’est alors qu’il acquiert un rôle majeur dans la croisade, jusqu’à en prendre la tête. Il conquiert petit à petit le Carcassonnais.

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Face aux manœuvres des croisés qui ne semblent pas arrêter leur conquête à Carcassonne, le comte de Toulouse, jusque-là leur allié, se retourne contre eux, craignant pour ses possessions.

Jusqu’en 1213 se succèdent prises et pertes de places fortes languedociennes, escarmouches, embuscades, intimidations et exactions.

En 1213, Raimond VI de Toulouse prête hommage à Pierre le Catholique, roi d’Aragon, forgeant ainsi une véritable alliance politique. Le roi d’Aragon vole alors au secours de son allié et beau-frère le comte de Toulouse. Ils se rejoignent à Muret où ils affrontent Simon de Montfort le 12 septembre 1213. Une erreur stratégique de Pierre II d’Aragon leur vaudra une redoutable défaite et la mort du roi d’Aragon. Cette défaite permet à Simon de Montfort et ses croisés de dominer le Languedoc pendant quelques années pendant que le comte de Toulouse s’exile en Aragon.

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Mais en 1217, Raimond VI revient en pays d’Oc. En l’absence de Simon de Montfort, il pénètre dans Toulouse en septembre 1217, accueilli par une foule exultant de joie.

La ville se révolte contre les Français, se libère et retrouve son seigneur légitime. Gui de Montfort, frère de Simon, est le premier à arriver sur place. Il lance un assaut contre la ville mais échoue et attend donc son frère. Simon de Montfort arrive début avril devant la ville et tente à son tour de la prendre d’assaut. Il est lui aussi confronté à un échec. Il décide donc d’assiéger la ville.

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Simon de Montfort à la conquête de Toulouse

Les habitants, les chevaliers et les seigneurs languedociens défendent Toulouse. La ville résiste de longs mois. L’hiver est relativement calme, les sorties des Toulousains et de leurs alliés et les assauts des croisés ne reprennent qu’au printemps, Simon de Montfort recevant alors quelques renforts. Plusieurs épisodes sanglants se succèdent. Les croisés construisent une tour en bois pour tenter de prendre les remparts. Les Toulousains effectuent une sortie hors de la ville pour la détruire. Dans la mêlée, le cheval de Gui de Montfort est tué par un archer posté sur les remparts. Le frère du comte reçoit une flèche aux côtes au moment où son cheval s’effondre. Simon de Montfort se précipite vers son frère.

Simon de Montfort
Mort de Simon de Montfort lors du siège de Toulouse, le 25 juin 1218.
©Public Domaine

Pendant que la bataille fait rage sous les remparts, une pierrière est « tirée au rempart », manœuvrée par « des dames, des filles, des épouses ». « La pierre vint tout droit là où il le fallait / elle frappa le comte sur son heaume d’acier / si fort que les yeux et la cervelle et les dents / le front et les mâchoires éclatèrent en pièces ; / le comte chut en terre, mort, sanglant et livide. » (Chanson de la croisade contre les albigeois, Laisse 205).

La mort de Simon de Montfort, dont Toulouse commémorait ce lundi le 800e anniversaire, marque le déclin de la croisade des Barons et le début de la conquête languedocienne. Mais en 1224, Amaury de Montfort, fils de Simon, renonce  au Languedoc et cède ses droits à la Couronne. Le Languedoc doit alors fait face à une autre croisade, menée par le roi de France, qui se solde en 1229 par le traité de Meaux. Ce traité confirme le comte de Toulouse dans ses droits. Mais il se voit obligé d’accorder la main de sa fille, sa seule héritière, au frère du roi de France. À la mort de ce dernier sans fils, le comté de Toulouse entrera dans le domaine royal.

Néanmoins la résistance languedocienne perdure jusqu’en 1244, avec la défaite de la coalition contre le roi de France en 1243 et la siège de Montségur en 1244 qui signe la fin d’une réelle organisation des Cathares en Languedoc.

Loïs Aivrac,
Titulaire d’une maîtrise en Histoire médiévale à la Sorbonne.