« L’imam Tataï est l’illustration d’un laissez-faire inquiétant »

« L’imam Tataï est l’illustration d’un laissez-faire inquiétant »

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imam tatai
Mohamed Tataï, imam de la grande mosquée d'Empalot, à Toulouse.
Alors que l’inauguration de la mosquée d’Empalot a fait grand bruit, suite aux propos tenus par son imam, Mohamed Tataï dans des prêches passés. Décryptage avec Joachim Véliocas, auteur du livre Mosquées radicales

Analyste au Centre d’études du Moyen-Orient, fondateur de l’Observatoire de l’islamisation en 2007, qui regroupe une base de données de plus de 4000 articles, Joachim Véliocas étudie l’islam dans ses fondements doctrinaux et ses manifestations politico-sociales depuis le début des années 2000. Auteur de Mosquées radicales (DMM, 2016), il revient pour Infos-Toulouse sur les dessous de l’affaire de l’imam de la nouvelle mosquée d’Empalot, devenu le plus grand lieu de culte de Toulouse, depuis son inauguration en grande pompe, samedi 30 juin.

Infos-Toulouse : Toulouse fait la une de l’actualité depuis l’inauguration de l’imam Tataï. Qu’est-ce qui suscite cette polémique ? 
Joachim Véliocas : La polémique est venue de trois prêches tenus par Mohamed Tataï, imam algérien qui a obtenu on ne sait pourquoi la nationalité française. Un prêche du 4 février 2011, retranscrit sur le site de la mosquée de Toulouse, où il est question de la nécessité d’un califat et de la supériorité des musulmans. Dans un autre prêche traduit par l’institut Memri, datant de décembre 2017, l’imam cite une tradition (hadith) reconnue authentique par tous les sunnites, où est relatée une bataille finale lors de laquelle les bons musulmans devront tuer les juifs. Enfin, nous avons traduit, repris par Marianne, un prêche sur « le sacrifice pour islam » d’avril 2015, où il met l’accent sur la nécessité de combattre ceux qui doutent de l’islam, et pousse ses fidèles à lire le traité sur le jihad de Youssouf Al-Qaradawi, le chef spirituel des Frères musulmans, ainsi que les écrits du théoricien Mohamed Iqbal, père du Pakistan islamiste.

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Est-ce là l’illustration d’un manque de contrôle dans le choix des imams ? 
C’est l’illustration d’un laissez-faire inquiétant, Mohamed Tataï diffuse lui-même ses prêches, le renseignement sait parfaitement ce qu’il a en tête, tout le monde peut l’écouter et le lire en deux clics.

Un autre imam « toulousain » fait l’objet de votre attention dans votre livre, Mamadou Daffé, que peut-on dire à son propos ? 
Mamadou Daffé est un malien qui est resté en France à l’issu de ses études de biochimie chez nous dans les années soixante-dix. Il est lui aussi convaincu que les hadith (propos supposés de Muhammad rapportés par ses contemporains) sont à prendre très au sérieux. Lors d’un prêche du 23 décembre 2011, il parle du fameux hadith où Jésus reviendra à la fin des temps, en tant que musulman, pour « tuer le porc et casser la Croix ». Eh oui, le Jésus islamique est anti-chrétien malgré le paradoxe.

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D’ailleurs dans ce même prêche, il qualifie les chrétiens comme des personnes « qui insultent Dieu », et met en garde contre ceux qui veulent s’intégrer en fêtant Noël. Aussi, le fait que les chrétiens aient « pris Jésus comme intermédiaire » est un « crime ». Il serait intéressant de savoir ce qu’a vraiment apporté Mamadou Daffé dans sa carrière au CNRS, car il est payé par les contribuables chrétiens qu’il ne porte guère en estime. Inquiétant, La Dépêche du Midi en avril 2016, nous apprenait que sa grande mosquée en construction s’inscrit dans le « Grand Projet de Ville » de la mairie du républicain Jean-Luc Moudenc.

Cinq mosquées sont actuellement en projet à Toulouse, le maire, Jean-Luc Moudenc mène une politique pour lutter contre l’islam des caves, est-ce la bonne stratégie ? Que faire sinon ?
J’ai démontré dans mon ouvrage Mosquées radicales que l’irruption de grandes mosquées n’est pas du tout une garantie de modération, nombre d’entre elles diffusent la pensée des Frères musulmans comme à Créteil, Reims ou Caen. L’illustration par la grande mosquée de Toulouse est éloquente. Il n’y a plus d’islam des caves depuis longtemps, Moudenc reprend cet argument à la mode au début des années 2000. C’est le chantage habituel : si vous refusez des grandes mosquées, vous aurez des islamistes dans des caves. Il faut que les mairies arrêtent d’être pro actives dans l’accompagnement des projets de mosquées, ce n’est pas leur rôle, interdire tout financement étranger sans quoi aucune grande mosquée n’aurait été construite en France. Laissons aux fidèles le soin de se cotiser pour louer ou construire des locaux, leur nombre le permet. Et l’état se doit d’être ferme au moindre signe de radicalité, et en fermant les mosquées où se fait de la politique, comme la loi de 1905 le permet.

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Face à cette situation, l’État français a t-il un rôle à jouer dans la formation des imams ?
Surtout pas ! Ce n’est pas à l’État de s’ériger en prescripteur de l’islam véritable, d’enseigner la charia ! En plus, ces hypothétiques centres de formation ne jouiraient d’aucun crédit de sérieux auprès des musulmans pratiquants.

DMM

Mosquées radicales, Joachim Véliocas, DMM, novembre 2016, 320 pages, 24 euros.