Une association pour défendre les supporters toulousains

Une association pour défendre les supporters toulousains

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Les incidents qui ont suivi la défaite contre Lille, en mai dernier ont laissé des traces. Rupture entre Indians et la direction, désaffection du public et une condamnation, les supporters du TFC ont décidé de s’organiser pour défendre leurs intérêts. Rencontre avec l’Association de défense des intérêts des supporters toulousains (ADIST).

Après plusieurs saisons décevantes, évitant la relégation in extremis lors des derniers matchs, le Toulouse FC connaît une crise sans précédent depuis sa remonté en première division, en 2003. Entre désillusion sportive et rupture avec les supporters, la saison 2018-2019, débutée par une défaite 4-0 à Marseille, risque d’être longue, très longue. Première étape à domicile, dimanche 19 août contre Bordeaux.

Infos-Toulouse : Pouvez-vous nous présenter l’Association de Défense des Intérêts des Supporters Toulousains (ADIST) ?
L’ADIST a été créé par des proches de la mouvance ultra, mais se veut défendre les intérêts de l’ensemble des supporters. En terme d’adhérents, l’association n’est pas encore très connue et beaucoup de gens n’ont pas encore eu l’occasion d’y adhérer, mais nous en sommes actuellement autour d’une trentaine de membres avec un bon nombre de sympathisants. Tout n’est pas encore totalement structuré, nous y verrons plus clair d’ici quelques semaines, notamment dans nos relations vis-à-vis des principaux groupes de supporters.

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L’ADIST a pour objectif, comme son nom l’indique, de défendre les intérêts des supporters toulousains. Cela va du plan juridique lorsqu’il faut défendre des supporters devant un tribunal ou une administration (une préfecture par exemple, dans le cadre des Interdictions administratives de stade – IAS – ou des restrictions ou interdictions de déplacement qui sont, comme il a été prouvé par le travail de l’Association nationale des supporters – ANS -, dans un grand nombre de situations parfaitement illégales dans le fond comme dans la forme) à des questions plus philosophiques comme celle de l’identité du club et de la place des supporters au sein de ce club.

En sorte, c’est un syndicat pour les supporters toulousains ? 
Par certains côtés, il y a un peu de ça. Mais nous voulons également agir à la manière d’un lobby, sans le côté péjoratif que l’on met souvent derrière le mot. Pour être clair, il s’agit de mener un travail de fond, souvent invisible ou imperceptible pour le grand public, auprès à la fois des dirigeants du club mais aussi des pouvoirs publics pour faire changer le regard qu’ils ont sur les supporters et les groupes.

Une chose est en revanche claire : nous ne sommes pas un groupe de supporters qui a pour vocation d’animer les tribunes et nous n’avons en aucun cas la volonté de les remplacer. Nous voulons au contraire les fédérer autour d’un certain nombre de points communs au niveau des revendications qui sont les leur, car nous aimons tous le football et le TFC. Le temps fera son affaire et avec tout le sérieux que nous voulons donner à cette association, nous sommes certains qu’elle va finir par s’imposer comme un acteur majeur de la vie des tribunes toulousaines.

« Ils l’ont mis au sol et roué de coups devant tout le monde. »

Pouvez-vous nous rappeler ce qui s’est passé contre Lille, où en est l’enquête ?
À la fin du match, sur le parvis du Stadium, des supporters mécontents de la situation du club voulaient avoir une explication avec les dirigeants. Une discussion commençait à prendre place entre les groupes de supporters et les représentants des dirigeants qui essayaient de trouver une solution pour que la forme convienne à tout le monde. Dans le même temps, des joueurs passaient et certains s’arrêtaient pour discuter avec les principaux leaders des groupes de supporters. À un moment, un fumigène a été allumé et lancé à l’écart de la foule.

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Les policiers évacuent manu militari le parvis du Stadium de Toulouse.

Quelques minutes plus tard, des policiers de la SIR (Section d’Intervention Rapide), au très lourd passif vis-à-vis des groupes de supporters (on ne compte plus les incidents où les supporters, du TFC comme d’ailleurs, remettent en cause leur attitude générale), se sont littéralement jetés à quatre et par derrière sur la personne qu’ils soupçonnaient d’avoir allumé le fumigène. Ils l’ont mis au sol et roué de coups devant tout le monde. Et, dans le même temps, ils ont chargé en distribuant de violents coups de matraque aux gens qui se trouvaient là et qui pour une bonne partie d’entre eux n’avaient rien à voir avec les groupes de supporters : il y avait des femmes, des enfants, des personnes âgées, etc.

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Un supporter a par la suite été interpellé à l’extérieur du stade par des policiers de la BAC venu en renfort et qui l’ont accusé de s’être servi d’une barre de fer et de leur avoir jeté des projectiles. Pourtant, d’après des témoignages que nous avons recueilli auprès d’autres supporters interpellés ce soir-là, mais pas forcément placés en garde à vue, ce sont les policiers qui ont plus tard « donné » la barre de fer au jeune homme en lui disant en riant qu’il venait de laisser ses empreintes dessus… Malgré une dizaine de témoignages fournis au procès en comparution immédiate ainsi que ses dénégations, il a tout de même été condamné après une parodie de procès à 8 mois de prison avec sursis et 2 ans d’interdiction de stade.

Nous avons été plusieurs à déposer plainte, à fournir des témoignages très précis. Nous avons demandé à la direction du club de fournir aux médias les enregistrements de la vidéosurveillance qui fonctionnait ce soir-là et de leur propre aveu a enregistré toute la scène. Ils refusent encore à ce jour de les montrer pour que chacun se fasse une idée de l’attitude des uns et des autres.

« On a l’impression que tout est fait pour que l’enquête n’aboutisse pas et que ceux qui ont vraiment « merdé » ce soir-là répondent de leurs actes. »

En ce qui concerne l’enquête, nous sommes révoltés qu’elle prenne autant de temps. Nous ne demandons pas des peines de prison, ni que des policiers perdent leur travail, simplement que les responsabilités soient établies : quels ont été les ordres donnés ce soir-là ? Si l’ordre a été donné de charger sur le parvis pour le « nettoyer », qu’est-ce qui le justifiait ? Si ce n’est pas l’ordre qui a été donné, pourquoi les policiers ont-ils chargé ?

C’est cette charge qui a directement conduit aux événements qui ont suivi et la condamnation d’un jeune de 22 ans à 8 mois de prison avec sursis en comparution immédiate. L’enquête nous parait très simple à mener et, dans un cas, un supporter qui clame son innocence et qui dispose d’une dizaine de témoignages qui accréditent sa version des faits est jugé coupable immédiatement sans que les juges n’analysent la vidéosurveillance. Dans l’autre, on nous explique qu’il faut du temps pour faire la lumière sur ce qui s’est passé, alors que pourtant les faits sont très clairs. On a l’impression que tout est fait pour que l’enquête n’aboutisse pas et que ceux qui ont vraiment « merdé » ce soir-là répondent de leurs actes. C’est tout simplement honteux et indigne d’un pays démocratique.

Qu’est-ce qui va changer cette année au Stadium ?
Comme nous le disions, nous n’avons pas vocation à animer les tribunes du stade mais plutôt à accompagner les supporters dans un certain nombre de combats qu’ils veulent mener. La question de l’identité du club, avec l’arrivée d’un club « partenaire », est essentielle à nos yeux et doit être un élément essentiel de la discussion autour de ce projet.

Jusqu’à aujourd’hui, les supporters ont été laissés de côté, alors que nous pensons être un acteur incontournable dans la mise en place de ce projet. Il doit susciter l’adhésion des supporters, donc les intégrer à la discussion, pas les mettre devant le fait accompli.

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Le Stadium lors de Toulouse FC-Bordeaux (4-1), août 2016. Crédit photo : N.B/Infos-Toulouse

Dans le football français en général, les dirigeants estiment que les supporters sont dispensables voire remplaçables. La preuve a pourtant été faite que c’est le contraire : les dirigeants, les entraîneurs et les joueurs passent, les supporters restent. Du coup, nous voulons que leur voix soit entendue en ce qui concerne l’avenir du club. Les supporters ne sont pas des idiots, ni des pantins qui applaudissent tout et sont toujours contents, au contraire leur regard désintéressé et motivé par l’intérêt général peut s’avérer salvateur pour l’identité et donc le succès de leur club.

Que peut-on attendre du club d’un point de vue sportif, structurel ? 
Du point de vue sportif, nous attendons avant tout des joueurs qu’ils fassent honneur au maillot. Après les saisons délicates vécues ces dernières années, ils doivent relever la tête et redonner aux gens l’envie de venir au stade non pas par habitude ou pour voir l’adversaire du soir pour passer un bon moment derrière le Toulouse Football Club.

Du point de vue structurel, nous serons comme nous le disions très attentif à ce qui va se passer dans les semaines et les mois à venir. Jusqu’ici, l’opacité a été totale concernant le projet de « partenariat » dont a parlé Olivier Sadran en conférence de presse. Mais nous voulons que l’intérêt du Toulouse Football Club et de ses supporters soit un élément central de ces discussions à venir et nous ferons tout notre possible pour qu’il le soit.

« On nous explique que les fumigènes sont dangereux. Mais s’ils le sont, c’est parce qu’ils sont interdits »

Vous comptez adhérer à l’Association nationale des supporters, c’est important d’agir en réseau et de s’unir entre fans de tous clubs ?
L’ANS a prouvé qu’elle était un interlocuteur incontournable au niveau national. Elle a permis également à un certain nombre de groupes de supporters, parfois rivaux dans les tribunes mais qui en tout cas pensaient ne rien avoir en commun, de se mettre autour d’une table et de discuter pour défendre des intérêts communs. Même si certaines tentatives de rapprochement avaient été tentées par le passé entre les groupes ultras, l’ANS constitue aujourd’hui la plus solide et durable avancée à ce niveau-là.

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C’est sur ce modèle que nous voulons construire l’ADIST : tout le monde n’est pas obligé d’avoir le même avis sur tout, mais nous avons des choses en commun à défendre et nous devons les défendre ensemble, sans arrière-pensée ni intérêts particuliers, sous peine de finir par être inaudibles.

Prenons la question des fumigènes par exemple. L’hypocrisie de la LFP et des pouvoirs publics est particulièrement frappante à ce sujet : lorsque des fumigènes sont utilisés dans des stades, la sanction peut aller jusqu’à la fermeture totale d’une ou plusieurs tribunes (y compris celles où il n’y avait pas de fumigènes !). Pourtant, les spots publicitaires visant à promouvoir le football contiennent tous des images des tribunes dans lesquelles on voit des fumigènes…

On nous explique que les fumigènes sont dangereux. Mais s’ils le sont, c’est parce qu’ils sont interdits : les supporters achètent alors des produits de faible qualité, en privilégiant le fait de pouvoir les cacher pour passer la fouille, s’en servent n’importe comment en les jetant le plus loin possible d’eux pour ne pas être interpellés, etc. Alors qu’en organisant un minimum les choses et en permettant de les utiliser en toute sécurité, le nombre d’accidents – déjà très bas contrairement à l’idée répandue, et plus souvent liée à des produits explosifs, dont nous condamnons l’utilisation en tribunes, qu’à des fumigènes – n’en serait que réduit. Cela serait un moyen de réellement lutter contre le danger présumé des engins pyrotechniques, si telle était la volonté des instances…

Propos recueillis par Nicolas B.


[MàJ] Les Indians de retour contre Bordeaux

Le principal groupe ultra du TFC, les Indians Tolosa ont annoncé leur retour, dimanche 19 août 2018 contre Bordeaux. Après une réunion entre supporters et personnalités du club, les responsables du groupe se sont montrés satisfaits, notamment d’une déclaration du capitaine de l’équipe, Max-Alain Gradel : « Puisque personne ne le fait, je vais m’en charger : en tant que capitaine, au nom du club, des dirigeants, du staff et des joueurs, je vous demande pardon pour ce qui s’est passé après TFC – Lille. Je vous demande pardon pour les conséquences. Dans la vie, il faut savoir demander pardon. Désormais, nous devons tous repartir de l’avant et terminer cette histoire. » 

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Les Indians Tolosa conduisent les supporters du TFC au Stadium, avant Toulouse-Marseille, le 11 mars 2018. Crédit photo : Indians Tolosa.

Dans un communiqué, le groupe qui fête en 2018 ses 25 ans d’existence, annonce répondre à l’appel des joueurs et du staff violet. Mais la réconciliation n’est pas totale. « Nous viendrons supporter nos joueurs, notre équipe, pas les dirigeants du club », annoncent-ils.

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La rédaction d’Infos-Toulouse.