Dolores O’Riordan : un répertoire engagé

Dolores O’Riordan : un répertoire engagé

649
PARTAGER
Cranberries
Dolores O'Riordan en concert à Barcelone, en 2010. Domaine public.
Dolores O’Riordan, chanteuse du groupe The Cranberries, décédée le 15 janvier dernier aurait fêté ses 47 ans, ce 6 septembre 2018. Infos Toulouse revient sur son parcours emblématique. 

Dolores O’Riordan a grandi dans la plus extrême pauvreté à Limerick, en Irlande. Rien ne la prédestinait à une telle célébrité, jusqu’à ce qu’elle rejoigne le groupe The Cranberry Saw Us – qui deviendra par la suite le mythique Cranberries. C’est avec leur titre Zombie, qu’ils se feront connaître mondialement.

Zombie dénonce les ravages de la guerre civile en Irlande du Nord et fait suite à un attentat mené par l’Armée républicaine irlandaise (IRA), le 20 mars 1993 qui a fait 80 blessés et 2 morts. De manière plus générale, ce titre traite des dommages collatéraux subis par les populations lors des guerres.

Lire aussi : Boisson Divine : ils ont chanté la bataille de Toulouse

Pour beaucoup, Cranberries se limite à cet engagement pour la paix en Irlande. Pourtant, Dolores est à l’origine de nombreux autres textes engagés, souvent méconnus. Bosnia et War Child s’élèvent contre l’utilisation d’enfants soldats lors de la guerre. Elle participera notamment à un concert de charité en faveur des enfants-soldats de Bosnie en 1995 – accompagnée de Luciano Pavarotti sur Ave Maria.

Dans cette continuité, le titre The Icicle Melts donne suite à l’enlèvement et au meurtre d’un enfant de 2 ans, James Bulger. Elle dénonce les violences faites aux enfants, considérant que leur innocence doit être protégée.

Une histoire personnelle difficile

Victime de viol durant son enfance, elle expliquait lors d’une interview pour Hot press avoir écrit Fee Fi Fo pour chercher à retranscrire la détresse des victimes qui « ne s’en sortent jamais », contrairement aux auteurs considérés comme « malades » ou emprisonnés brièvement. À cet égard, elle ne cachait pas être en faveur de la peine de mort. Ces propos « polémiques » ne sont pas les seuls qu’on lui ai attribué.

Lire aussi : Les Dropkick Murphys, du rock à l’accent celte

En effet, bien qu’elle se soit attachée à défendre un certain nombre de causes, de nombreux médias ont fait d’elle un personnage controversé. Bien trop conservatrice, trop attachée aux valeurs traditionnelles, au catholicisme, à la famille, la préservation de la vie etc., Dolores faisait « tâche » parmi la bien-pensance du show-business.

La chanteuse qui s’était produite devant Jean Paul II et le pape Benoit XVI n’a jamais renié son attachement au catholicisme. Très attachée à sa famille également, elle leur a dédié plusieurs chansons : Ode to my family, Animal Instinct

Bien qu’ayant reçu une éducation catholique très stricte, elle confiait s’estimer chanceuse en 1994 :  « Je n’ose imaginer me promener voilée ou étant l’une des six femmes d’un type. Finalement, j’ai eu de la chance ». Dans cette interview republiée au lendemain de son décès par les Inrockuptibles, ceux-ci qualifiaient sans mesure cette attitude de « haine des musulmans ».

Lire aussi : Rencontre exclusive avec Gilles Bertin, chanteur du groupe Camera Silens

En accord avec sa foi, Dolores O’Riordan prenait également position contre l’avortement. Elle confiait lors d’une interview avec Rolling Stones vouloir dire aux femmes souhaitant avorter « Idiote, pourquoi t’es tu retrouvée enceinte ? ». Elle soulevait ainsi un problème, l’avortement étant bien trop souvent utilisé comme « moyen de contraception ».

Dolores O’Riordan aura marqué les esprits de toute une génération. Femme conservatrice, engagée, c’était aussi une chanteuse d’exception. Cette année marque le 25e anniversaire du premier opus de Cranberries « Everybody else is doing it, so why can’t we ? ». Une réédition spéciale sortira le 19 octobre 2018. Un nouvel album est également prévu pour 2019 avec des titres exclusifs que Dolores avait enregistré avant son décès, un bel hommage en somme.

Adeline Humbert.