Qui se cache derrière SOS Méditerranée, délogé par les identitaires ?

Qui se cache derrière SOS Méditerranée, délogé par les identitaires ?

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Aquarius SOS Méditerranée
L'Aquarius, le navire de l'association française SOS Méditerranée qui revendique 29 000 migrants débarqués par ses soins en Europe. Crédit : Wikipédia
Les locaux de l’association SOS Méditerranée ont été occupés pacifiquement par des militants de Génération Identitaire, vendredi 5 octobre à Marseille. Mais qui se cache derrière cette ONG qui vit de la crise des migrants ? 

L’Organisation non gouvernementale SOS Méditerranée affrète depuis deux ans l’Aquarius. Avec ce seul bateau, l’ONG a organisé l’arrivée de près de 30 000 clandestins en Europe.Les accusant d’être complice de passeurs, une vingtaine de militants de Génération Identitaire ont investi pacifiquement leurs locaux de Marseille, vendredi 5 octobre. Ils sont depuis en garde à vue dans la cité phocéenne accusés de « violences volontaires et séquestration en réunion ».

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Fondée le 9 mai 2015, symboliquement à l’occasion de la Journée de l’Europe, par un Allemand, Klaus Vogel et une Française, Sophie Beau, l’association profite d’une couverture médiatique très supérieure à celle accordée aux autres ONG nées de la crise des migrants.

Deux personnalités à l’origine de SOS Méditerranée

Klaus Vogel, âgé de 62 ans se revendique publiquement « de gauche ». Il aime insister sur son histoire personnelle pour expliquer son engagement. Petit fils d’un membre du parti nazi au sein des Sections d’Assaut, il était l’ami du général SS belge Léon Degrelle et n’a jamais renié ses convictions nationales-socialistes, même après la guerre. C’est dans ce contexte qu’il faut placer certaines déclaration : « Quand j’ai découvert le premier bateau auquel nous avons porté secours, je pense que j’ai senti la même chose que les GI qui ont libéré les camps de concentration en 1945 ». Avant de se lancer dans l’aventure SOS Méditerranée, il fit durant 17 années des recherches dans une université allemande sur « les origines de la violence » auquel il n’a pu aboutir faute de subvention. Il devient commandant dans la marine marchande jusqu’en novembre 2014, qu’il quittera pour fonder son ONG.

Sophie Beau, 45 ans, a suivi des études d’anthropologie et de sciences politiques, axées sur les questions migratoires entre la France et le Mali. Elle passe dix ans parmi Médecins sans frontières, entre 1998 et 2008, ainsi que Médecins du monde comme chef de projet au Moyen-Orient, au Maghreb, en Afrique noire, au Liban, en Géorgie, en Palestine et au siège social de ces ONG. En 2008, elle rejoint la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale. Elle travaille depuis pour SOS Méditerranée, sans que son salaire ne soit connu.

Un silencieux parrain  pour SOS Méditerranée

Francis Vallat est le parrain discret de SOS Méditerranée. Âgé de 72 ans, il a derrière lui un demi-siècle de présence et d’influence dans le monde professionnel maritime.

Francis Vallat a été décoré de la Légion d’Honneur par Jean-Claude Gayssot, alors ministre des transports et a participé en janvier 2012 à des journées thématiques de l’UMP lors desquels il déclara aux organisateurs : « Vous êtes nuls en communication ». Grâce à son réseau, Francis Vallat a sans doute joué un rôle décisif dans le sponsoring de SOS Méditerranée. Sa présence en arrière-plan contredit en partie l’histoire de l’ONG « citoyenne » née d’un mouvement de solidarité.

85% des arrivants sont des hommes

En mars 2018, l’ONG annonçait avoir sauvé depuis le début de son engagement, le 26 février 2016, 27 173 personnes. Ce nombre correspond à 159 missions de sauvetages et 55 missions de transbordement, soit un total de 214 missions. Parmi les personnes sauvées, 85% des rescapés pris en charge sont des hommes.

Sur l’Aquarius, un compartiment appelé « shelter » garanti « la protection des femmes ». La zone est sous contrôle de personnels féminins de Médecins sans frontières. Aucun homme n’est autorisé à entrer dans cette zone durant la traversée. Une décision qui semble contredire la communication de l’association qui met régulièrement en avant la « solidarité » qui existe entre hommes et femmes à bord des embarcations de fortune.

L’Aquarius, le navire de SOS Méditerranée

Les missions de SOS Méditerranée sont effectué avec un navire, l’Aquarius, capable d’accueillir théoriquement jusqu’à 500 personnes. Cependant, en certaines occasions le navire a accueilli plus de 1000 migrants. En deux ans, 109 professionnels se sont succédés à son bord se répartissant sur 17 nationalités européennes ou américaines. Pour représenter les continents asiatiques ou africains, seuls quelques bénévoles libanais sont à bord du bateau.

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Sur le navire, une dizaine de personnes sont salariés par Jasmind Shipping, l’armateur allemand à qui SOS Méditerranée loue le bateau. À terre, l’ONG compte 13 salariés à temps plein en 2017 pour l’opérationnel, la communication et l’événementiel. 250 bénévoles, dont trois-quart de femmes, souvent retraitées, complètent ce dispositif en France.

Des écoles au show-business

L’ONG intervient dans un grand nombre d’écoles françaises. Ainsi, 11 512 élèves ont reçu la visite de militants qui ont présenté l’activité de l’Aquarius et ont partagé leur vision idéologique de la crise des migrants.

Parmi les soutiens influents de l’ONG, l’Institut du monde arabe a organisé le 19 décembre 2017, une soirée de soutien, ou encore le théâtre de la Criée à Marseille qui a accueilli une journée de « sensibilisation » en juin 2017. Au total, près de 200 événements culturels ou sportifs ont été organisés en France au bénéfice de SOS Méditerranée. Parmi les personnalités connues, on peut noter le soutien de la navigatrice Isabelle Autissier, la pianiste Anne Queffelec, la politologue Catherine de Wenden, l’écrivain Érick Orsenna, le comédien Philippe Torreton ou encore l’économiste Thomas Piketty.

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Mais les plus connus sont évidemment le duo de chanteurs « Madame Monsieur », désignés pour représenter la France à l’Eurovision en 2018. Leur chanson, Mercy, rend hommage à un bébé né à bord de l’Aquarius, le 21 mars 2017. La chanteuse, Émilie Satt est la fille de la vice-présidente du Conseil départemental des Alpes-Maritimes. Bien qu’elle se défende d’avoir fait une chanson politique, elle relaie sur ses réseaux sociaux de nombreuses prises de positions politiques contre Marine Le Pen ou Donald Trump. De son côté, SOS Méditerranée a salué « un pied de nez aux populistes ». Annoncé parmi les favori, le duo s’est classé 8e sur 26 par le jury institutionnel, 17e pour le vote des téléspectateurs et 13e au classement général.

Une reconnaissance institutionnelle

L’ONG a été distinguée par de nombreuses institutions. En février 2016, le Cluster français lui a décerné son « coup de cœur ». En octobre 2016, le prix du citoyen lui a été décerné par le Parlement européen. Puis, deux mois après, le Conseil économique et social européen lui attribut le « prix de la société civile ».

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En mars 2017, le prix franco-allemand du journalisme lui a été décerné, accompagné d’un chèque de 30 000 euros. Un mois plus tard, l’UNESCO distingue l’ONG en lui remettant le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Ce prix d’une valeur de 122 000 euros était à partager avec le maire de Lampedusa. Par ailleurs, le gouvernement français dirigé alors par Bernard Cazeneuve, décidait début 2017 d’accorder le label « grande cause nationale » aux ONG opérant en mer, donnant l’accès gratuit aux médias publics pour ses bénéficiaires afin de récolter des dons.

Financement : un affichage de propagande

L’ONG affichait en 2016 une recette, tous dons confondus, de 2 millions d’euros; Elle déclare 3,4 millions pour 2017. Ces 3,4 millions d’euros se divisent en ,6 millions de « dons de particuliers » et 793 000 euros versés par « des entreprises, fonds publics, associations, fondations ». Cette dernière somme équivaut à environ 23% du total des dons. Or, dans sa communication, et notamment son rapport annuel, l’association titre sur ce sujet : « plus de 90% de dons privés », entretenant la confusion entre un chèque de particulier et celui d’une entreprise, elle aussi privée.

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Par ailleurs, au chapitre des dons de particuliers, SOS Méditerranée ne donne pas de précisions sur le nombre total de donateurs et la moyenne des dons dans son rapport pour 2017. L’ONG annonce un coût quotidien de présence en mer de 11 000 euros. Dans on rapport annuel paru en mars 2018, elle affirme « être le seul navire a être resté actif sans discontinuer dans les eaux internationales ». Si ces affirmations sont exactes, cela donnerait en 2017 un budget de dépenses de 4 millions d’euros, soit 600 000 euros de plus que les recettes annoncées. On peut donc en déduire que soit ce chiffre est inexact, soit la communication sur une présence sans discontinuer est un mensonge.

D’après une enquête de la Fondation pour une Europe des Nations et des Libertés