À la rencontre des Gilets Jaunes

À la rencontre des Gilets Jaunes

336
PARTAGER
Au sixième jour de mobilisation des Gilets Jaunes, la motivation est toujours au rendez-vous. Les manifestants sont toujours présents, plus déterminés que jamais, comme aux ronds-points de Lespinasse et de l’Eurocentre. Nous sommes partis à leur rencontre.

Le filtrage du rond-point de Lespinasse

Une trentaine de Gilets Jaunes sont présents sur le rond-point, et interpellent les voitures qui arrivent par le côté sud. Les forces de l’ordre ne sont pas loin. Elles supervisent le bon déroulement de l’opération. Lorsque nous nous présentons, les Gilets Jaunes nous avertissent: « Nous ne parlons plus aux médias!« . Un sentiment qui se justifie par les angles calomnieux choisis par les grands médias tout au long de la semaine. Les Gilets Jaunes se sentent trahis par les journalistes, qu’ils accusent de ne relayer que « ce qui les arrangent ». Nous insistons néanmoins. Après tout, Infos-Toulouse est un média libre et indépendant, il n’appartient pas à un financier et il émane de citoyens, et non d’un quelconque cercle de pouvoir.

L’ambiance est cordiale, les manifestants ont à leurs pieds toute sorte de nourriture pour durer le plus possible dans le temps. Beaucoup de voitures et de camions passent, ils ont un gilet jaune posé sur le pare-brise, et ils klaxonnent en signe de soutien. Ce groupe de Gilets Jaunes a l’air désireux de changer de stratégie: ne pas bloquer, juste filtrer les automobilistes et les camionneurs en leur « expliquant comment soutenir le mouvement sans s’arrêter de travailler ».

Raymond, un gilet jaune qui a bien voulu répondre à nos questions, détaille les relations du mouvement avec les forces de l’ordre: « On ne cherche pas la confrontation. Samedi, nous étions face à la police, ça s’est très bien passé. Lundi, mardi, face à la gendarmerie, ça s’est très bien passé. […] Il y a un respect mutuel, parce qu’il faut savoir que ces gens-là [les forces de l’ordre, NDLR] vivent la même merde que nous. Quand ils touchent leur salaire, leurs fins de mois sont aussi difficiles que les nôtres. »

Pour autant, Raymond reste méfiant, notamment quant à aller manifester en centre-ville. Il se souvient des manifestation contre la réforme des retraites, en 2010, où « des membres des forces de l’ordre se déguisaient en syndicalistes pour commettre des actes de vandalisme » à imputer aux vrais manifestants. « Le centre-ville, pour moi, c’est piégeant« , dit-il en évoquant l’éventuel risque de présence de casseurs. « On se doute que l’impact médiatique sera négatif pour les Gilets Jaunes. » Raymond évoque également l’incendie du péage de Bordeaux. Selon lui, ceux qui ont mis le feu n’étaient pas des Gilets Jaunes, mais des infiltrés d’officines gouvernementales.

Barrage filtrant sur le rond-point de l’Eurocentre

Au barrage filtrant du rond-point de l’Eurocentre, à quelques kilomètres de là, même accueil. Même méfiance de la presse, et mêmes explications de notre part. Nous parvenons néanmoins à échanger sur le traitement médiatique du mouvement. Sur ce rond-point, les Gilets Jaunes, plus nombreux, ont installé barbecue, canapés, chaises… qui côtoient les slogans peints sur de grands morceaux de carton. Au-dessus d’une camionnette garée près de là, un drapeau français flotte paisiblement.

Nous rencontrons une retraitée, gilet jaune sur les épaules. Elle est mobilisée depuis le samedi 17 novembre, et n’a pas manqué une seule journée de manifestation. « Il faut que l’État cesse d’augmenter les taxes parce que c’est plus possible!, nous dit-elle. Je vois beaucoup de gens dans le besoin, et il faut être solidaire avec eux. […] C’est le but principal, la solidarité entre nous. Il faut être optimiste, et que d’une façon ou d’une autre, quelque chose sorte de ce mouvement. Voyez les gens qui passent: ce ne sont pas des gens mécontents. Ils nous laissent un paquet de bonbons, ils klaxonnent sans qu’on leur demande, ils ne sont pas hargneux contre nous. On les bloque vingt minutes en tout et pour tout, mais après ce rond-point, c’est fluide. »

Au moment où nous partions, nous cherchons du regard des confrères qui étaient apparus peu après nous, une caméra à la main. Ils ont disparus. Leur apparition a suscité un tollé parmi les manifestants, qui leur ont fait pacifiquement mais fermement comprendre qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Mathieu Vergez