« Nous sommes les victimes collatérales » des Gilets jaunes

« Nous sommes les victimes collatérales » des Gilets jaunes

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victimes collatérales
Crédit photo : Infos-Toulouse
Après dix jours d’actions de la part des Gilets Jaunes, de nombreux patrons de petites et moyennes entreprises voient l’impact sur leur activité. Rencontre avec l’un d’entre eux. 

Selon un sondage de BVA-La Tribune-Orange-RTL, 70% des Français soutiennent les revendications des Gilets jaunes. Mais leurs actions ne font pas toujours l’unanimité. Ludovic, 48 ans, directeur d’exploitation dans une PME spécialisée dans la fabrication de produits pour l’industrie au nord de Toulouse, se dit être une « victime collatérale » des manifestations des Gilets Jaunes depuis maintenant dix jours.

Infos-Toulouse : Quelles incidences directes ont le mouvement des Gilets jaunes sur votre entreprise ?
Ludovic : Ces incidences sont multiples. Tout d’abord sur notre production au quotidien, les Gilets jaunes bloquant les accès directs au réseau autoroutier et la route nationale 20, tous déplacements pour nos camions deviennent laborieux. Les transporteurs ne voulant perdre plusieurs heures dans les bouchons préfèrent ne pas honorer leurs engagements.
Ensuite sur le personnel. Ayant du mal à se loger correctement avec leurs familles sur Toulouse, beaucoup d’employés ont privilégié la qualité de vie à la proximité. Ce sont eux qui sont bloqués, voir dans l’impossibilité de se rendre à leur travail par ceux qui disent les défendre en manifestant. Les Gilets jaunes, ce sont des travailleurs qui punissent d’autres travailleurs.

Comprenez-vous la mobilisation et les revendications du mouvement ?
Oui, bien-sûr. D’autant qu’une entreprise comme la mienne est particulièrement concernée par la hausse des produits pétroliers prévues début 2019, nous l’absorberons comme d’habitude… mais malheureusement notre seul marge de manœuvre pour réduire nos coûts sera sur l’emploi et les salaires. Donc oui, je comprend ces revendications et je les trouvent légitimes. Une mobilisation était certes nécessaire mais avec un minimum d’intelligence. Actuellement, ce n’est pas le cas, c’est du grand n’importe quoi ! Cela nous ferait presque regretter les manifestations syndicales…

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Nombreux étaient mes employés à afficher sur leur tableau de bord un gilet jaune en soutien à ce mouvement populaire depuis que l’idée avait été lancé sur les réseaux sociaux, il y a quelques semaines. Depuis mercredi dernier, la côte d’amour a largement baissée. Les gilets sont retournés à leur place, dans le coffre, avec le cric et la manivelle. Quant vous avez bossé neuf heures d’affilées et que vous avez encore deux heures de route au pas pour rentrer à la maison, l’enthousiasme des premiers jours est vite douché.

Pour vous, comment peuvent-ils s’en prendre à l’État en minimisant l’impact pour les citoyens lambda ?
Il y aura toujours un impact pour le citoyen « lambda » comme vous dites, en aval comme en amont. Bloquer un centre commercial Auchan, on peut se dire, les gens feront leurs courses un autre jour, c’est pas grave. Certes, mais la caissière qui bosse à mi-temps pour boucler ses fins de mois et nourrir sa famille, c’est elle qu’on punit ! Pas la famille Mulliez !
Il y a sûrement des méthodes plus efficaces et moins impactantes pour des gens qui soutiennent cette action jusqu’à une certaine limite et commencent à saturer de ces bêtises. Mais je ne suis pas un spécialiste de ce type d’action…

Que font les autorités pour limiter les incidences sur les entreprises ? Vous sentez-vous abandonnés ?
Les autorités, principalement les forces de gendarmerie, veillent « au grain » sur les points de blocage. Ils n’ont malheureusement pas les moyens de faire autrement, faute d’effectif et faute de volonté politique. L’État a tout intérêt à laisser pourrir la situation et attendre que tout cela dégénère. On le constate, du reste, les gens qui sont excédés par des attentes excessives au point de blocage, forcent le passage en mettant en danger gravement les manifestants. Ces derniers se comportant dans ces situations comme de véritables sauvages.
Donc oui, nous sommes abandonnés car comme on dit « force devrait rester à la loi » et ce n’est pas le cas.

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Nous avons tenté de discuter sur ces barrages avec ces gilets jaunes. C’est compliqué car leurs motivations sont multiples et le plus souvent irrationnelles. De plus, beaucoup sont déjà alcoolisés très tôt le matin. Nous avons l’impression qu’ils sont là pour exprimer un ras le bol mais sans vraiment de discernement ; ça les occupent. Ils se sentent existés. En résumé : je bloque donc je suis.

Propos recueillis par Étienne Lafage.