La Mairie de Toulouse s’assoit-elle sur le patrimoine toulousain?

La Mairie de Toulouse s’assoit-elle sur le patrimoine toulousain?

258
PARTAGER
Saint-Sernin
Place Saint-Sernin, à Toulouse. Crédits: M.V.
Courant novembre 2018, les ouvriers du chantier de la place Saint-Sernin, à Toulouse, ont mis à jour une colonne antique qui se trouvait dans le sous-sol de la place. Loin d’être la première découverte occasionnée par le chantier, elle a ravivé le mécontentement des historiens et des défenseurs du patrimoine.

Le site de la place Saint-Sernin fait actuellement l’objet de travaux. Ces travaux mettent régulièrement à jour des découvertes archéologiques. Des découvertes pas aussi fortuites qu’elles en ont l’air au premier abord, puisque le site est classé « réserve archéologique » depuis 2015.

Ce mois-ci, c’est une colonne romaine qui aurait été découverte, provoquant la colère de la présidente de la Société Archéologique du Midi de la France, Emilie Nadal.

La colonne aurait été posée sur une palette en attendant d’être déplacée, causant sa fracture. Selon la collectivité, cette pièce de marbre, qui effectivement était à l’origine une colonne, avait déjà été retaillée pour servir de couvercle de sarcophage. Elle aurait été découverte mi-septembre, noyée dans le béton du cheminement piéton de la porte Miègeville.

Un sous-sol riche de patrimoine

Du 8 juin au 5 août 2015, des sondages (fouilles en surface, à moins d’un mètre de profondeur) ont été effectués avant les travaux. Ces sondages, menés par le Service archéologique de Toulouse Métropole (SATM), avaient pour but de diagnostiquer la présence ou non de vestiges préalablement aux travaux prévus par la Mairie sur la place.

Lire aussi : Un mur du XVIIe siècle refait surface à Saint-Sernin

Dès les premiers jours de sondage, les équipes du SATM ont découverts des anciennes canalisations, des restes d’anciennes constructions et d’anciennes sépultures, vieilles de plusieurs siècles…

Mardi 16 juin 2015, le sondage a révélé ce qui pourrait être une partie d’un mur de l’ancien hôpital Saint-Raymond.
Mardi 23 Juin 2018, prélèvements sur un ancien caveau mis à jour par les sondages.

La place a été par la suite déclarée « réserve archéologique », empêchant paradoxalement toute fouille en profondeur, jugées « destructrice ». Sur ce point, deux écoles d’archéologues peuvent tomber en désaccord: soit des fouilles ont lieu en profondeur, au risque de dégrader le site, soit le sous-sol est préservé. La Mairie a donc tranché et lancé ses travaux, avec l’accord de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC), en assurant aux défenseurs du patrimoine et aux archéologues de n’utiliser que des matériaux « réversibles », c’est-à-dire qui n’abîmerons pas les sols, au cas où les générations futures souhaiteraient s’atteler à ces fouilles à l’avenir.

Lire aussi : L’avenir de nos églises est entre vos mains !

Pour Marc-Olivier Lenique, du Collectif pour la sauvegarde de Saint-Sernin, cette décision est loin d’être satisfaisante : « Cette décision [de poursuivre les travaux, Ndlr] résulte d’un calendrier et d’un choix politiques. Si la mairie voulait que les fouilles aient lieu, elle le pourrait parce qu’elle en a les moyens. » Le Collectif, créé en 2015 à l’annonce du projet public d’embellissement de la place Saint-Sernin, est en constante négociation avec les élus locaux sur la question. Marc-Olivier Lenique estime qu’ils ne sont « pas entendus« , notamment sur la question de la végétalisation du site. « Il faut s’imaginer, avec la plantation de tilleuls qui font cinq mètres de haut et dont les racines s’enfoncent à plusieurs mètres dans le sol, les dégâts que cela peut faire à ce qui se trouve en dessous, sachant que la place , n’a jamais été fouillée […] C’est tout une partie de notre patrimoine qui est laissée à l’abandon. »

Pour Annette Laigneau, adjointe au maire de Toulouse et coordinatrice des politiques d’urbanisme et d’aménagement, cette polémique est un « faux problème« . « Cette découverte a ravivé une vieille polémique. […] Tout se fait [les travaux de réaménagement de la place, NDLR] sous le contrôle de la DRAC, pour éviter qu’il y est la moindre atteinte aux vestiges. »

Pour ce qui est de la végétalisation du site, Mme Laigneau assure que la collectivité ne prend pas ce dossier à la légère et qu’elle est même accompagné par des professionnels, tels que le paysagiste Michel Desvigne. « Toutes les attentes sont légitimes, que nous avons entendues. […] C’est un dossier compliqué, parce que tout le monde est persuadé d’avoir raison. »

« Vous imaginez bien que le maire n’a pas l’intention de dégrader la ville mais bien de l’améliorer. Mais on ne mettra jamais tout le monde d’accord. »

M.V.