1792. Le château de Villeneuve-lès-Bouloc pris d’assaut

1792. Le château de Villeneuve-lès-Bouloc pris d’assaut

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Villeneuve les Bouloc
Le Château de Villeneuve Les Bouloc (Haute-Garonne) Crédit photo : Wikipedia
La Révolution française n’a pas épargné le patrimoine local. Exemple du château de Villeneuve-lès-Bouloc (Haute-Garonne), attaqué le matin du 28 février 1792. 

Jusqu’à la Révolution, le château de Villeneuve appartint aux de La Maymie, seigneurs de Villeneuve qui avaient succédé aux de Goutx au XVIIe siècle. Il faut imaginer un édifice composé d’un corps central flanqué de deux ailes. Mais au début de l’an 1792, le nord du département est en proie à une flambée de violences dirigées contre les châteaux des anciens seigneurs. À Villeneuve-lès-Bouloc, les habitants s’arment de fusils et de hâches et attaquent le château de la commune au son du tambour. L’historien toulousain Michel Taillefer raconte cette journée dans La Révolution en pays toulousain (éditions Loubatières, 1989, p.29).

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« L’an 1792 et le 28e jour du mois de février, vers les 8 heures du matin, Nous Guillaume Escluier, officier municipal de la commune de Villeneuve-lès-Bouloc, au canton de Bruguière et Jean Desclaux, colonel et Toine Esculier lieutenant de colonel de la légion dudit Villeneuve y habitant, instruits que la plus grande partie des citoyens de notre commune et légion ainsi que de celle de Cépet s’étant attroupés et marchaient tambour battant vers le château de Villefranche appartenant à la dame Polastron… Et ce ne fut point sans le plus grand étonnement que nous les y vîmes, armés de fusils, s’armer dans les campagnes. Et leur ayant demandé le sujet de leur attroupement qu’ils n’auraient jamais dû se permettre sans leur exprès consentement, ils nous auraient répondu
avoir prémédité et résolu de faire une descente dans le château… Et n’ayant pu les arrêter ni nous procurer aucune main forte pour les contenir… Ce fut ainsi, à notre grand regret que nous les vîmes enfoncer ou forcer les cabinets, commodes et armoires, qu’ils burent une petite barrique de vin et emportèrent plusieurs bouteilles en vin ou liqueurs et sucre qu’ils trouvèrent. Et que s’étant procurés 18 ou 20 sacs de toiles, ils les remplirent du blé et légumes qu’ils trouvèrent dans les magasins du château, qu’ils eurent l’audace d’aller chercher les bouviers de la dite dame, les forcèrent d’emmener deux charrettes attelées de bœufs sur lesquelles ils chargèrent ledit blé et légumes et firent porter le tout au moulin de Masseribaut, qu’ils se portèrent à l’horrible excès d’incendier beaucoup de papiers et registres qui étaient dans ledit château… ».

villeneuve les bouloc
© Les Amis du Villemur Historique 2013

L’incendie détruit l’une des parties latérales du château. L’autre sera abattu ultérieurement pour annuler toute asymétrie. Proche du château, le pigeonnier est également ravagé. Il ne sera jamais reconstruit et seul le lieu-dit « Champ du pigeonnier », rappelle aujourd’hui son existence.

Villeneuve-lès-Bouloc, une invention de 1793

Sous l’Ancien Régime, Villeneuve-lès-Bouloc n’avait pas d’existence légale. Son territoire formait un « consulat » regroupant les paroisses de Saint-Pierre-de-Lézens, à l’ouest, et de Sainte-Croix, à l’est. Les consuls administraient les « communautés d’habitants » et agissaient principalement dans la levée des impôts royaux. La première mention du nom de la commune date de 1793 sous le nom « Villeneuve Bouloc », dans les registres de l’an II. Le nom définitif de Villeneuve-lès-Bouloc ne devient officiel qu’en 1801. De 1794 à 1970, le nombre d’habitants sur la commune ne dépassait pas les 540 habitants. Depuis trente ans, la population a doublé.

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Étienne Lafage.